Santé :  à Akoumapé le Togo expérimente un modèle intégré pour l’enfance

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Par René DOKOU, le 21 Mai 2026

(IMPARTIAL ACTU)- En marge de la conférence régionale sur la nutrition et le développement de la petite enfance, qui a réuni 22 pays à Lomé du 11 au 13 mai 2026, une visite organisée le 12 mai dans la préfecture de Vo a mis en lumière une initiative pilote. À Akoumapé, les autorités sanitaires testent un dispositif inédit qui regroupe nutrition, vaccination, stimulation précoce et enregistrement des naissances dans un seul continuum, placé sous la gouvernance des communes.

Le poids de la fragmentation

Le constat est alarmant : au Togo, près de deux enfants sur dix de moins de cinq ans souffrent de malnutrition chronique. Chaque année, 1 100 femmes et 16 496 enfants de moins de cinq ans meurent, dont 6 530 nouveau-nés. Pour l’UNICEF, ces chiffres traduisent directement la fragmentation des interventions. Face à cette réalité, la Direction régionale de la Santé maritime a décidé de lancer une réponse structurée dans la préfecture de Vo.

« Nous déployons la première phase d’un modèle intégré d’offres de soins et services sociaux de base pour l’enfant, depuis le ventre de sa mère jusqu’au préscolaire », explique le Dr Agbetiafa, directeur régional de la Santé maritime et maître d’œuvre du projet. Ce pédiatre, également expert en informatique médicale, pilote le dispositif depuis février 2026 dans les quatre communes de Vo.

Un paquet de services en un seul lieu

Le projet communautaire, soutenu par l’UNICEF, l’OMS et l’UNFPA, couvre les 2 000 premiers jours de vie de l’enfant. Il associe santé maternelle et infantile, nutrition, vaccination, stimulation précoce, état civil et accompagnement préscolaire. Les centres de santé, jardins d’enfants et services d’état civil de la préfecture servent de points d’ancrage.

Pour Erina Dia, représentante de l’UNICEF au Togo, la logique est évidente : « L’enfant est un tout. Il a besoin d’une approche intégrée, de plusieurs secteurs qui répondent à ses besoins holistiques. » Dans un contexte budgétaire contraint, l’objectif est clair : « faire mieux avec moins ».

La nutrition, pierre angulaire

La dimension nutritionnelle se déploie sur quatre niveaux : le ménage, la communauté, le centre de santé et le préscolaire. Dans les foyers, les parents apprennent à composer des repas équilibrés avec les ressources locales. « Avec 500 francs, soit moins d’un euro, on peut préparer un plat équilibré », illustre le Dr Agbetiafa.

Au centre de santé d’Akoumapé, la sage-femme Sabari Larba organise des démonstrations culinaires pour les mères. « Nous faisons la bouillie enrichie à base de maïs, soja et moringa », explique-t-elle. Les femmes apprennent à trier, sécher et torréfier les ingrédients avant de préparer la farine. Le lait maternel exclusif est recommandé jusqu’à six mois, avant l’introduction de cette bouillie.

Le volet communautaire mobilise agents de santé et groupes de femmes qui relaient l’éducation nutritionnelle. Pour le Dr Agbetiafa, c’est aussi un levier économique : « Quand une femme sait préparer le lait de soja ou la bière de soja, elle crée une activité génératrice de revenus. »

La digitalisation comme levier

Autre innovation : l’application « Naissance Kéva ». Cette plateforme relie maternités et services d’état civil pour accélérer l’établissement des actes de naissance. Les données saisies à la maternité sont transmises à la mairie, permettant aux parents d’obtenir rapidement le document officiel.

Kanyaya Dacha, responsable du service vaccination du CMS d’Akoumapé, constate l’impact : « L’ambiance améliorée attire plus de mères. Elles se sentent à l’aise et patientent jusqu’à la fin du processus. » L’application envoie aussi des rappels pour les rendez-vous de vaccination, réduisant les pertes de suivi.

Une gouvernance locale

Le pilotage repose sur les élus locaux. Maires et préfets ont été associés dès le lancement. Des assemblées générales de restitution réunissent associations de femmes, leaders traditionnels et jeunes. Le ministère de la Santé prévoit de certifier les centres les plus performants, à condition qu’ils atteignent au moins 80 % des critères requis. Dans la préfecture, l’objectif est que 90 % des enfants disposent d’un acte de naissance dans les huit jours.

Vers une généralisation

Pour Driss Zinédine, directeur Santé, Nutrition et Population pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre à la Banque mondiale, l’enjeu dépasse le Togo : « Sans nutrition et développement de la petite enfance, il n’y a pas de futur pour le pays. » La Banque mondiale soutient déjà des initiatives comme les cantines scolaires, qui ont servi plus de 75 millions de repas chauds depuis 2008.

Le Dr Agbetiafa trace la trajectoire : couvrir toute la préfecture, puis la région Maritime, avant une extension nationale. « On a besoin de partenaires. Sans eux, ce sera compliqué », reconnaît-il. L’UNICEF, l’OMS, la Banque mondiale et d’autres sont déjà engagés.

Un modèle pour la sous-région

La conférence régionale de Lomé a offert un cadre politique pour discuter de ce modèle à l’échelle sous-régionale. La question posée à Akoumapé est désormais celle de 22 pays : peut-on reproduire une telle architecture là où les programmes verticaux ont montré leurs limites ?

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