Par René DOKOU, le 23 Septembre 2026
(IMPARTIAL ACTU)- Ce mercredi, le Togo rend un hommage solennel à ses Forces armées togolaises (FAT), à l’occasion des quarante ans de l’agression terroriste qui avait ébranlé le pays en 1986. Cette cérémonie annuelle, devenue un rituel national, entend saluer le courage des militaires et la mobilisation citoyenne qui avaient permis de déjouer cette tentative de coup de force.
Une menace ancienne qui trouve un écho inattendu
Ce qui donne à cette commémoration une portée particulière cette année, c’est sa résonance troublante avec le contexte sécuritaire actuel. Le pays affronte désormais une nouvelle forme d’insécurité, avec des incursions terroristes dans le septentrion, précisément dans la région des Savanes. Face à cette menace inédite mais tout aussi résolue à ébranler la cohésion nationale, les autorités ont mis en place un dispositif de contre-offensive militaire. Parallèlement, le Comité interministériel de prévention et de lutte contre l’extrémisme violent (CIPLEV) œuvre à consolider la capacité de résistance des populations concernées.
Ce rapprochement établi par les pouvoirs publics entre hier et aujourd’hui n’a rien de fortuit. Comme en 1986, l’alliance entre civils et forces de défense est érigée en pilier essentiel de la riposte face aux groupes extrémistes qui menacent l’intégrité du territoire.
Retour sur une nuit qui a failli faire basculer le pays
Il faut remonter à la nuit du 23 au 24 septembre 1986 pour comprendre l’origine de cet hommage. Un commando surarmé, ayant transité par le Ghana voisin, s’introduit clandestinement dans la capitale togolaise avec une mission précise : abattre le chef de l’État de l’époque, le général Gnassingbé Eyadéma.
Plusieurs sites sensibles de Lomé se retrouvent dans le viseur des assaillants, à commencer par le camp Général Améyi — appelé à l’époque camp RIT — où réside le président. C’est là que se joue l’essentiel de l’affrontement. Grâce à une riposte énergique des FAT, soutenue par une population résolue à protéger sa souveraineté, l’incursion est finalement contenue et les agresseurs neutralisés.
Le prix humain de cette nuit reste néanmoins considérable : on dénombre plusieurs dizaines de victimes, réparties entre soldats, assaillants et civils, dont une vingtaine recensées par les structures hospitalières selon les décomptes de l’époque. Dans la foulée de ces événements, la France, alors liée à Lomé par un accord de coopération militaire, dépêche des troupes supplémentaires afin de sécuriser la capitale togolaise.
Un devoir de mémoire qui perdure
Quatre décennies plus tard, le souvenir de cette agression demeure profondément ancré dans la conscience collective togolaise. Chaque année, la commémoration associe recueillement solennel et démonstrations militaires, perpétuant ainsi le souvenir de ceux qui sont tombés et célébrant la capacité de résistance nationale.
Une continuité stratégique face à des périls renouvelés
Au-delà du symbole, cette double lecture — hier et aujourd’hui — révèle une constante dans la doctrine sécuritaire togolaise : la conviction que la défense du pays ne repose pas uniquement sur l’appareil militaire, mais tout autant sur l’engagement citoyen. Cette philosophie, forgée dans l’épreuve de 1986, irrigue aujourd’hui la stratégie déployée dans les Savanes, où le gouvernement mise sur une approche combinant fermeté opérationnelle et renforcement du lien social.
Le CIPLEV, en particulier, incarne cette volonté de traiter l’extrémisme violent non pas comme une simple question militaire, mais comme un défi sociétal nécessitant la construction d’une résilience collective durable. Les initiatives de sensibilisation, de dialogue communautaire et de prévention viennent ainsi compléter l’action des forces armées sur le terrain.
Cette commémoration du 40ᵉ anniversaire ne se limite donc pas à un exercice de mémoire tourné vers le passé. Elle constitue également un message adressé au présent : celui d’une nation qui a déjà su, une fois, faire front commun contre une agression extérieure, et qui entend puiser dans cette expérience historique les ressources nécessaires pour affronter les défis sécuritaires contemporains.
À travers cette double temporalité, les autorités togolaises semblent vouloir inscrire la lutte actuelle contre le terrorisme dans une continuité historique rassurante, où la résilience nationale, déjà éprouvée par le passé, devient le gage d’une issue favorable face aux menaces d’aujourd’hui.
















