Formulation des politiques publiques : des experts de l’OOAS à l’école de l’utilisation des données probantes à Lomé 

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Par René DOKOU, le 18 Novembre 2025

(IMPARTIAL ACTU)- Du 18 au 21 novembre 2025, Lomé est devenue le centre névralgique de la réflexion scientifique et décisionnelle en Afrique de l’Ouest. Des experts en santé publique, chercheurs confirmés et décideurs politiques venus des États membres de la CEDEAO s’y sont réunis pour une formation de haut niveau centrée sur l’élaboration de politiques sanitaires fondées sur les données probantes.

Cette initiative majeure, pilotée par l’Organisation Ouest-Africaine de la Santé (OOAS), s’inscrit dans la dynamique de mise en œuvre d’une résolution qui confie à l’organisation la mission de promouvoir l’utilisation stratégique de la recherche scientifique dans la planification et l’action publiques.

La cérémonie d’ouverture a été présidée par le Point Focal de l’OOAS au Togo, M. Sossah WADAGNI, représentant le Secrétaire général du ministère de la Santé. Dans son intervention, il a rappelé les avancées enregistrées dans les pays de la CEDEAO mais aussi l’ampleur des défis persistants, soulignant l’importance cruciale de renforcer les compétences des acteurs nationaux dans l’usage des données scientifiques et opérationnelles. « Les données fondées sur les preuves sont des éléments déterminants dans la conception des politiques sanitaires », a-t-il martelé, insistant sur la nécessité d’une expertise accrue dans leur interprétation et leur mobilisation.

Une formation stratégique pour transformer la recherche en action

Placée sous le thème « Renforcer l’élaboration de politiques fondées sur des données probantes pour la résilience des systèmes de santé », la session vise à combler un fossé bien identifié : celui qui sépare la production de connaissances scientifiques de leur intégration effective dans les stratégies publiques.

Dans une région confrontée à des enjeux sanitaires multiformes  mortalité maternelle persistante, maladies transmissibles et non transmissibles, financement insuffisant de la recherche, vulnérabilités accrues liées à la pauvreté ou aux crises climatiques cette formation apparaît comme un levier essentiel pour impulser un changement durable.

Le constat sur le terrain reste préoccupant. Les pays ouest-africains doivent composer avec des défis structurels majeurs : épisodes de famine, sécheresse, inondations, conflits, épidémies récurrentes, malnutrition, sans oublier la pression démographique et les chocs socio-économiques.

Malgré ces réalités, des progrès significatifs ont été mesurés au fil des années dans plusieurs domaines prioritaires. Toutefois, comme l’ont souligné de nombreux participants, la question centrale demeure : comment capitaliser les données produites pour éclairer efficacement les politiques publiques et renforcer la résilience collective ?

Des voix fortes pour un plaidoyer renouvelé

Représentant le Président en exercice de la CEDEAO, Dr Joan SHEPHERD a livré un discours engagé, appelant à une collaboration renforcée entre acteurs de la santé publique.

« Nous devons repenser, collaborer, élaborer des stratégies et passer à l’action en nous appuyant sur des données probantes », a-t-elle déclaré, insistant sur l’importance de maintenir la pertinence des professionnels face aux transformations technologiques et sociétales, notamment l’essor de l’intelligence artificielle. Elle a rappelé que les progrès ne peuvent être pleinement revendiqués sans un ancrage solide dans des preuves scientifiquement validées.

Dr Shepherd a également recontextualisé les efforts de la CEDEAO, soulignant l’engagement de l’organisation à promouvoir une intégration régionale profonde, la paix, la sécurité et un développement socio-économique durable. Ces axes, selon elle, doivent guider les actions collectives pour mieux répondre aux crises sanitaires, aux chocs économiques et aux disparités sociales.

Dans la même dynamique, Professeur Joseph OLORUNDA, représentant le Directeur général de l’OOAS, a encouragé chaque pays à mettre en place une plateforme nationale de collaboration entre chercheurs et décideurs. Un mécanisme indispensable, selon lui, pour assurer que la recherche éclaire efficacement la conception et l’évaluation des politiques et programmes de santé.

Vers un changement de paradigme

Cette rencontre de Lomé marque une étape déterminante vers l’ancrage durable d’une culture de décision fondée sur les données. L’enjeu dépasse la simple formation technique : il s’agit d’un véritable changement de paradigme visant à instaurer une gouvernance sanitaire plus réactive, plus cohérente et plus résiliente.

En fédérant experts et décideurs autour d’un même objectif, l’OOAS démontre sa volonté de consolider les progrès enregistrés et d’accompagner les États membres dans la construction de politiques publiques robustes, scientifiquement étayées et capables de répondre aux défis sanitaires contemporains.

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