Par René DOKOU, le 23 Août 2025
(IMPARTIAL ACTU)- Au Togo ces derniers temps, les drames routiers endeuillent régulièrement des familles togolaises. Cette situation pousse l’Union Nationale des Transporteurs du Togo (UNATROT) à prendre une initiative inédite : organiser une prière collective de grande envergure pour invoquer la clémence divine et conjurer les accidents mortels. Le vendredi 22 août 2025, à travers l’ensemble du pays, les transporteurs ont levé leurs voix vers Allah, demandant la protection des conducteurs et la sérénité sur les routes.
Cette démarche intervient une semaine après le tragique accident survenu à l’échangeur d’Agoè, qui a coûté la vie à trois personnes et relancé le débat sur la sécurité routière. Pour l’UNATROT, il ne s’agissait pas seulement d’un acte religieux, mais d’un cri d’alarme face à une situation qui dépasse désormais les simples statistiques.
Une initiative nationale face à l’urgence
La prière a été coordonnée simultanément dans les différentes régions du Togo. À Lomé, elle s’est tenue à la mosquée du Terminal du Sahel, à Agoè Zongo, rassemblant transporteurs, responsables syndicaux, membres de l’Union des Routiers du Togo (URT) et fidèles musulmans. Le geste a pris des allures de mobilisation nationale, chaque région ayant pris part à l’événement.
« Nous connaissons trop d’accidents sur nos routes. Ce n’est plus une question de chiffres, mais de vies humaines brisées. Il est grand temps de s’arrêter, de réfléchir et de trouver des solutions efficaces pour freiner ce fléau », a déclaré M. Richard Dansrou, Secrétaire général de l’UNATROT, soulignant le caractère à la fois spirituel et pragmatique de cette initiative.
Selon lui, l’objectif de cette prière est clair : demander à Allah d’accorder prudence et vigilance aux conducteurs afin de leur éviter les drames. « Le Togo n’a pas besoin de ces malheurs. Nous prions pour que nos transporteurs exercent leur métier dans la sérénité », a-t-il ajouté.
Entre foi, sécurité et responsabilité sociale
Le timing n’est pas anodin. À quelques jours de la rentrée scolaire, de nombreuses familles redoutent le poids économique des accidents, entre soins médicaux coûteux et funérailles prématurées. Pour les acteurs du transport, ces tragédies constituent non seulement une perte humaine, mais aussi un frein à la stabilité économique des ménages et du pays.
M. Sena Fombo, président actuel de l’UNATROT, a insisté sur la nécessité de coupler cette démarche spirituelle avec une action concrète : la sensibilisation et la formation. « Nous allons intensifier les campagnes et encourager les conducteurs à adopter une conduite défensive. Se former est essentiel, car il en va de la vie de tous », a-t-il martelé.
Une continuité dans l’engagement
Cette mobilisation n’est pas un coup d’éclat isolé. L’UNATROT a, par le passé, multiplié les plaidoyers et initiatives en faveur d’une meilleure régulation du secteur. M. AGBERE O. Gamal, président de l’Union entre 2001 et 2012, a salué la continuité et l’engagement de son successeur. « Même si je ne suis plus à la tête de l’UNATROT, je reste transporteur. Je félicite M. Fombo pour sa ténacité. Cette prière va dans l’intérêt de tous et mérite notre soutien », a-t-il affirmé.
Cette reconnaissance intergénérationnelle illustre la volonté partagée par les transporteurs de mettre un terme au cycle de violences routières. L’exécutif national, les délégués régionaux et les membres de l’URT ont également marqué leur présence, renforçant la portée symbolique et collective de cette action.
Vers un élargissement interreligieux
Si la prière musulmane a constitué la première étape, l’UNATROT entend élargir son initiative. L’organisation prévoit d’associer d’autres communautés religieuses pour unir les Togolais, quelle que soit leur confession, autour d’un même objectif : sauver des vies.
Parallèlement, elle ambitionne de poursuivre et renforcer ses campagnes de sensibilisation, de promouvoir le respect du code de la route et d’encourager la mise en place de formations obligatoires pour les chauffeurs. L’idée est de transformer ce sursaut spirituel en une dynamique durable d’éducation et de prévention.
Un appel à la conscience collective
Malgré les efforts du gouvernement pour améliorer l’état des infrastructures routières et renforcer les contrôles, les accidents demeurent fréquents et meurtriers. L’UNATROT estime que le silence n’est plus une option. « Il faut agir, chacun à son niveau. Transporteurs, passagers, autorités : la sécurité routière est une responsabilité collective », a résumé M. Dansrou.
Pour l’organisation, cette mobilisation nationale traduit une conviction profonde : si la foi peut inspirer la prudence, seule une prise de conscience généralisée permettra de réduire durablement le nombre d’accidents. Le combat ne fait que commencer, mais l’UNATROT espère que ce geste spirituel marquera un tournant.
La prière collective du 22 août restera comme un moment fort d’union et de solidarité nationale. Elle a donné aux transporteurs un espace pour exprimer à la fois leur détresse et leur espoir. Au-delà des paroles et des invocations, elle lance un appel pressant à tous les acteurs de la route : changer les comportements pour que le transport cesse d’être synonyme de tragédie.
Dans un Togo où chaque vie compte, l’UNATROT veut inscrire son action dans la durée : faire des routes un espace de sécurité, de dignité et de prospérité partagée.
















