Trois experts en cartographie rallient la cause de la résolution onusienne « Corriger la carte »

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Par René DOKOU, le 23 Septembre 2026

(IMPARTIAL ACTU)- Un tournant décisif vient de marquer la mise en œuvre de la résolution « Corriger la carte », adoptée le 4 septembre par l’Assemblée générale des Nations unies. Les trois experts à l’origine de la projection Equal Earth- Tom Patterson, Bernhard Jenny et Bojan Šavrič- ont officiellement accepté d’apporter leur expertise scientifique et technique à ce chantier d’envergure planétaire.

Une alliance scientifique inédite au service d’une réforme cartographique mondiale

L’annonce a été faite dimanche, à l’occasion d’une visioconférence organisée sous l’impulsion de Robert Dussey, chef de la diplomatie togolaise, qui avait porté ce texte devant l’instance onusienne au nom de l’Union africaine.

Un texte porté par le Togo au nom du continent africain

Rappelons que cette résolution vise à corriger une distorsion cartographique historique : les projections classiques, telle celle de Mercator, minimisent considérablement la taille réelle de l’Afrique et d’autres régions du globe au profit des zones situées près des pôles. En défendant ce dossier devant les Nations unies, Robert Dussey n’agissait pas seulement au nom de son pays, mais bien au nom de l’ensemble de l’Union africaine, soucieuse de voir enfin rétablie une représentation fidèle des territoires du continent.

L’Equal Earth, une projection pensée pour la justice géographique

La solution technique retenue pour porter cette ambition n’est autre que la projection Equal Earth, mise au point par le trio de cartographes et publiée en août 2018 dans l’International Journal of Geographical Information Science. Son atout majeur réside dans sa capacité à restituer les superficies réelles des continents, sans en altérer les proportions ni en déformer les contours — contrairement aux représentations traditionnelles qui faussent depuis des décennies la perception des rapports de taille entre les territoires.

Cette innovation cartographique n’a rien d’anecdotique dans le monde scientifique. Dès sa publication, elle a été adoptée par le Goddard Institute for Space Studies, rattaché à la NASA, avant d’être intégrée aux logiciels développés par Esri, référence mondiale en matière de systèmes d’information géographique. L’Union africaine, de son côté, en a fait sa carte de référence institutionnelle, consacrant ainsi la légitimité scientifique de cet outil bien avant son adoption formelle par les Nations unies.

Une gouvernance scientifique en cours de structuration

Loin de s’arrêter à une simple déclaration d’intention, les échanges de dimanche ont débouché sur des engagements concrets quant à la suite du processus. Les parties prenantes se sont accordées sur la nécessité de donner un cadre structuré à leur collaboration. Dans cette optique, le Togo s’apprête à soumettre, dans les prochaines semaines, une note conceptuelle détaillant la création d’un groupe consultatif scientifique chargé d’accompagner la mise en œuvre de la résolution.

Fait notable, Tom Patterson, Bernhard Jenny et Bojan Šavrič ont été conviés à siéger au sein de cette instance, non pas en tant que représentants d’une institution, mais à titre personnel — une manière de valoriser leur expertise individuelle tout en préservant l’indépendance scientifique de la démarche.

Un outil au service de gouvernements, d’écoles et de médias

Sur le fond, la résolution « Corriger la carte » ne se limite pas à un simple exercice de style géographique. Elle invite explicitement les gouvernements, les établissements scolaires, les organisations internationales, les rédactions médiatiques ainsi que les grandes entreprises technologiques à privilégier les projections à surfaces égales dès lors que la taille relative des territoires entre en jeu dans leurs supports visuels ou pédagogiques. L’ambition est claire : mettre fin à des décennies de biais cartographique qui ont contribué, souvent inconsciemment, à minorer l’importance visuelle et symbolique de certaines régions du monde, l’Afrique en tête.

Une portée symbolique forte, malgré l’absence de caractère contraignant

Il convient toutefois de nuancer la portée juridique de ce texte : la résolution adoptée par l’Assemblée générale ne revêt aucun caractère contraignant pour les États membres. Son application reposera donc essentiellement sur l’adhésion volontaire des acteurs concernés et sur la force de conviction que sauront déployer ses promoteurs, à commencer par la diplomatie togolaise.

Reste que l’implication directe des concepteurs de la projection Equal Earth confère d’ores et déjà une solide crédibilité scientifique à cette initiative. En misant sur l’expertise technique de ceux qui ont conçu l’outil de référence, les promoteurs de la résolution se donnent les moyens de transformer une déclaration symbolique en véritable standard cartographique international, susceptible à terme de redessiner durablement notre rapport visuel au monde.

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