Travail des enfants : 138 millions encore concernés, l’OIT et l’UNICEF alertent

0
569

Par René DOKOU, le 12 Juin 2025

(IMPARTIAL ACTU)- Les chiffres parlent d’eux-mêmes : près de 138 millions d’enfants dans le monde étaient engagés dans le travail en 2024, dont 54 millions dans des activités classées comme dangereuses. Publié conjointement par l’Organisation internationale du Travail (OIT) et l’UNICEF, le rapport Travail des enfants : estimations mondiales 2025, tendances et chemin à suivre dresse un constat en demi-teinte.

Certes, les chiffres représentent une baisse de 20 millions depuis 2020, confirmant un ralentissement de la hausse inquiétante observée entre 2016 et 2020. De manière globale, le nombre d’enfants travailleurs a chuté de près de 50 % depuis 2000, passant de 246 à 138 millions. Toutefois, la communauté internationale échoue à respecter l’objectif fixé : éliminer le travail des enfants d’ici 2025.

« Il est encourageant de constater que des progrès sont possibles. Mais ils restent trop lents. Les enfants doivent être à l’école, pas dans les champs ou les rues », insiste Gilbert F. Houngbo, Directeur général de l’OIT.

Des secteurs à risque et des régions en souffrance

Le rapport montre que l’agriculture est le secteur le plus impacté, concentrant 61 % des enfants astreints au travail. Suivent les services (27 %), souvent sous forme de vente ou de travail domestique, et l’industrie (13 %), avec une présence marquée dans des domaines comme la fabrication et l’exploitation minière.

En termes géographiques, l’Afrique subsaharienne est la région la plus touchée, comptant près de 87 millions d’enfants travailleurs — soit deux tiers du total mondial. La prévalence y est très élevée, autour de 22 %, en légère baisse par rapport aux 24 % de 2020, mais sans réduction significative du nombre d’enfants concernés. Le dynamisme démographique, les conflits, la pauvreté extrême et des systèmes de protection sociale fragiles sont identifiés comme les principaux obstacles.

À l’inverse, l’Asie et le Pacifique ont enregistré une nette amélioration : le taux est passé de 6 % à 3 % en quatre ans, réduisant le nombre d’enfants concernés de 49 à 28 millions. En Amérique latine et Caraïbes, les progrès sont plus modestes mais réels, avec un recul de 8 à 7 millions d’enfants concernés, pour une prévalence stable.

Les causes structurelles persistent
La pauvreté, le manque d’accès à une éducation de qualité, les conflits et les inégalités structurelles demeurent les moteurs du travail des enfants. De nombreux parents, privés d’emploi décent ou de filets de sécurité sociale, n’ont d’autre choix que d’impliquer leurs enfants dans les activités génératrices de revenus, au détriment de leur scolarité, leur santé et leur développement personnel.

« Le travail des enfants n’est pas un choix, c’est une conséquence directe des privations des adultes », rappelle Catherine Russell, Directrice générale de l’UNICEF. « Lorsque les familles ne peuvent plus envoyer leurs enfants à l’école faute de moyens, elles les envoient au travail. »

Le rapport note aussi une disparité entre les sexes. Les garçons sont davantage touchés que les filles en termes de travail économique. Toutefois, lorsqu’on prend en compte les tâches domestiques non rémunérées, comme s’occuper des frères et sœurs ou gérer les corvées ménagères pendant au moins 21 heures par semaine, l’écart s’inverse.

Les solutions sont connues, mais les moyens manquent

L’OIT et l’UNICEF s’accordent : les solutions existent, et elles ont déjà montré leur efficacité. Il s’agit notamment de :

renforcer les protections juridiques contre le travail des enfants,

étendre la protection sociale pour protéger les familles vulnérables,

investir massivement dans une éducation publique, gratuite et de qualité,

favoriser l’accès des adultes à des emplois décents et bien rémunérés.

Mais ces efforts sont menacés par les coupes budgétaires mondiales, notamment dans les domaines de l’éducation et de la protection sociale. Le retrait progressif des financements internationaux et nationaux risque de fragiliser les acquis et de relancer la spirale du travail des enfants, préviennent les agences onusiennes.

Autre alerte du rapport : la diminution des investissements dans la collecte de données. Un problème crucial, car sans statistiques précises, il devient difficile d’identifier les zones critiques, d’évaluer l’efficacité des politiques publiques, ou de réagir rapidement aux nouvelles formes de travail des enfants.

Une urgence morale et politique

Le travail des enfants est une violation flagrante des droits fondamentaux. Il compromet leur avenir, leur santé, leur éducation et leur bien-être global. Plus encore, il perpétue la pauvreté intergénérationnelle et ralentit le développement économique et social des pays concernés.

Les Nations Unies rappellent que pour atteindre l’objectif d’élimination totale d’ici 2030 – un horizon désormais plus réaliste –, le monde doit accélérer 11 fois plus vite que le rythme actuel.

Le combat contre le travail des enfants ne se limite pas à la volonté politique : il exige des engagements concrets, des ressources durables, et une mobilisation collective à tous les niveaux — gouvernements, secteur privé, société civile et communauté internationale.

Ne pas relâcher la vigilance

Malgré des progrès tangibles, le monde est loin d’avoir gagné la bataille contre le travail des enfants. Le chiffre de 138 millions d’enfants concernés en 2024 reste une tragédie silencieuse. Ces enfants sacrifiés pour la survie de leur foyer représentent autant d’enfances volées, de talents étouffés et d’avenirs compromis.

L’OIT et l’UNICEF lancent un appel pressant : il est encore temps d’agir, mais les actions doivent être urgentes, coordonnées et suffisamment financées. Les enfants ont droit à une vie d’apprentissage, de jeu, et de sécurité. Le travail ne devrait jamais faire partie de leur quotidien.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici