Trafic de tortues de mer : l’Afrique de l’Ouest ciblée

0
96

Par René DOKOU, le 02 Février 2026

(IMPARTIAL ACTU)- La population mondiale de tortues marines qui s’élève à près de 6,5 millions, reste menacée d’extinction, selon l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Chaque année, plus d’un million de tortues de mer sont victimes de trafic, une activité illégale particulièrement répandue en Afrique de l’Ouest, à l’instar du braconnage de défense d’éléphant. Pourtant, le littoral ouest-africain abrite des plages de nidification les plus importantes au monde pour les tortues marines. Cinq espèces figurent sur la liste rouge des espèces menacées.

À l’instar du braconnage de l’ivoire d’éléphants au Togo et au Bénin, le commerce de tortues marines s’ajoute aux trafics courants en Afrique de l’Ouest. Cette activité illégale est particulièrement répandue au Togo, au Libéria, en côte d’Ivoire et au Ghana, où les tortues marines constituent une ressource de subsistance incontournable.

En 2021, les douanes du Burkina Faso ont intercepté 555 tortues de mer issues de la contrebande en provenance de Bamako au Mali et de Lomé au Togo. Le trafic est alimenté à la fois par des besoins personnels et le manque d’alternatives économiques pour les communautés côtières. Et, du côté de Madagascar, ce trafic met en danger la tortue étoilée, une espèce endémique de cette région.
Pourtant, les tortues jouent un rôle majeur dans l’écosystème marin. Mais aussi, la pollution, les activités humaines, ainsi que la dégradation des plages et de l’écosystème marin due au dérèglement climatique les exposent à un risque d’extinction. Les tortues marines jouent également un rôle essentiel dans le maintien de l’équilibre écologique des fonds marins, contribuant ainsi à la protection de la diversité des espèces marines. Elles se nourrissent d’une variété d’éléments tels que des algues, des végétaux marins, des crabes, des coquillages, des méduses, des moules et de petits poissons.
Leur régime alimentaire contribue à limiter la prolifération excessive d’éponges marines et à maintenir un équilibre dans les populations de méduses.

De plus, les tortues marines participent activement à la préservation des récifs coralliens sains, contribuant ainsi à l’équilibre global de l’écosystème marin.
L’écotourisme offre une alternative de revenus aux pêcheurs côtiers de l’Afrique de l’Ouest qui participent au trafic des tortues marines. Cependant, le déclin de ces espèces peut compromettre les recettes du tourisme écologique. Il est important de noter que le statut emblématique des tortues marines peut avoir des impacts négatifs sur ces animaux. Le développement du tourisme axé sur les tortues, même dans un but de conservation, peut être préjudiciable s’il n’est pas bien contrôlé.
Les tortues sont aussi fréquemment braconnées lorsqu’elles sortent sur les plages pour pondre. La consommation de la viande de tortues et des œufs est une pratique coutumière. Il existe pourtant des lois pour protéger ces espèces dans la plupart des pays d’Afrique, mais leur mise en application est faible.

Les captures accidentelles des tortues marines par les pêcheurs artisanaux et les pêcheries industrielles constituent aussi une menace de premier ordre pour les tortues marines le long de la côte Atlantique de l’Afrique. Les pêcheries artisanales côtières, notamment les filets maillants interagissent fortement avec les tortues marines. La pêche industrielle et semi-industrielle à la palangre, au chalut, à la seine sont également responsables de captures accidentelles. L’impact de ces pêcheries sur les tortues marines est encore mal évalué en Afrique Atlantique et mérite d’être mieux suivi.

A cela s’ajoute le développement côtier : les constructions et extensions d’installations portuaires, l’urbanisation galopante des côtes en lien avec l’exode rural, la création de complexes touristiques, les installations pétrolières, etc. détruisent ou dégradent les habitats côtiers des tortues marines. Le réchauffement climatique provoque également une accélération de l’érosion côtière et la survenue plus fréquente d’évènements climatiques extrêmes. Ces phénomènes concourent à une plus grande vulnérabilité de la côte et à la détérioration des plages de ponte des tortues marines en Afrique.

Au Togo, la majorité des œufs de tortues de mer sont trafiqués par des pêcheurs locaux, tandis que leur chair est vendue illégalement pour la consommation locale. Leur carapace, quant à elle, est utilisée pour la fabrication de bijoux, d’artisanat et d’articles de souvenirs, mais également dans des remèdes traditionnels. Diverses croyances attribuent même des propriétés prétendument aphrodisiaques aux produits issus des tortues.

Les pays d’Afrique de l’Ouest sont conscients de la problématique en jeu. Tous les membres de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest sont signataires de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction. Cependant, l’application des lois de protection et de préservation des tortues marines de la plupart des États ouest-africains demeure insuffisante.

Les contrevenants pris en flagrant délit de braconnage de tortues marines ne reçoivent quelques fois dans certains pays de l’Afrique de l’ouest qu’un avertissement, sans amende. Peu d’efforts sont mis en œuvre pour dissuader les individus de braconner, de tuer ou de vendre des tortues marines, ou pour contrer la chasse et la collecte illégales de leurs œufs.

Les États d’Afrique de l’Ouest ont créé des aires marines protégées, telles que les îles Bijol en Gambie et la lagune Keta au Ghana, afin de protéger les tortues marines. Néanmoins, les autorités et les organisations non gouvernementales (ONG) locales manquent de ressources humaines, financières et techniques pour les surveiller et les protéger efficacement.

Les patrouilles en place ne disposent ni du personnel ni de l’équipement nécessaire pour marquer tous les nids, enregistrer leurs emplacements ou les protéger aux moyens de cages. Ces tâches sont actuellement assurées par des ONG internationales, une solution qui n’est ni viable financièrement, ni politiquement appropriée à long terme. Mais l’ONG internationale EAGLE se veut de combattre la criminalité liée à la faune sauvage et la corruption en Afrique en travaillant avec les gouvernements pour améliorer l’application des lois environnementales, afin de dissuader le commerce illégal et de protéger des espèces, tout en brisant les réseaux de corruption qui soutiennent le commerce illégal.

Les États d’Afrique de l’Ouest devraient aussi établir des partenariats avec des ONG locales pour protéger les tortues marines du braconnage et du trafic. Cela nécessite des ressources financières et techniques, ainsi qu’un investissement dans l’éducation des populations.

Les campagnes d’information doivent rappeler aux communautés locales que la chasse aux tortues marines entraîne leur extinction et nuit à l’ensemble de l’écosystème marin, menaçant les revenus des pêcheurs et de leurs familles. Toutefois, en l’absence d’autres moyens de subsistance viables, les tortues marines seront toujours une cible.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici