Togo : la démocratie face au défi urgent de l’intelligence artificielle

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Par René DOKOU, le 26 Novembre 2025

(IMPARTIAL ACTU)- Au Togo, la célébration de l’édition 2025 de la Journée internationale de la démocratie (JID) a pris cette année une dimension singulière. Alors que l’intelligence artificielle (IA) transforme profondément les sociétés, ses dérives potentielles inquiètent. Le 25 novembre, une cinquantaine d’acteurs institutionnels se sont retrouvés à Lomé pour un symposium consacré aux risques de l’IA et aux mécanismes nécessaires pour préserver la gouvernance démocratique.

La rencontre, placée sous le thème « La démocratie à l’épreuve de l’intelligence artificielle : le rôle de l’IA dans la gouvernance publique », a été ouverte par M. Missite Aworou, Secrétaire général du ministère de la Justice et des Droits de l’homme.

L’objectif affiché était clair : contribuer au renforcement des institutions démocratiques dans un contexte de transition technologique accélérée. Car si l’IA offre des opportunités considérables pour améliorer la transparence, l’efficacité de l’action publique ou encore les services aux citoyens, elle constitue aussi un terrain fertile pour les dérives informationnelles. Entre deepfakes, falsification de documents officiels, piratages de plateformes publiques, discours haineux et campagnes de désinformation, l’essor de l’IA nourrit un climat de confusion où il devient parfois difficile de distinguer le vrai du faux.

Face à ces nouveaux risques, le Togo estime qu’aucun État ne peut se permettre l’improvisation. Sans législation adaptée, sans formation appropriée et sans dispositifs robustes pour anticiper les effets pervers de ces technologies, « la démocratie reste vulnérable », ont rappelé plusieurs intervenants. C’est dans cette perspective que la JID 2025 a choisi de mettre en avant le rôle des acteurs institutionnels, piliers de la préservation des valeurs et principes démocratiques. Une orientation pleinement alignée sur l’Objectif de développement durable 16.6, qui promeut des institutions efficaces, responsables et transparentes.

La démarche s’inscrit également dans la feuille de route gouvernementale 2020-2025, notamment dans ses axes stratégiques 1 et 3 qui placent la consolidation démocratique, la paix, la sécurité et l’anticipation des crises technologiques au cœur des priorités nationales. Le symposium se voulait ainsi un espace d’analyse collective, mais aussi un moment de construction d’outils et de stratégies communes.

Dans son discours introductif, M. Oubo M’Bo, Directeur du renforcement démocratique au ministère de la Justice et des Droits humains, a souligné l’importance d’adapter la démocratie aux mutations de son époque. Pour lui, la gouvernance moderne doit intégrer les innovations tout en restant fidèle aux fondements démocratiques : participation, justice sociale, égalité, liberté d’expression et dignité humaine.

« La démocratie du XXIe siècle ne pourra perdurer que si elle s’appuie sur une gouvernance agile, inclusive et transparente », a-t-il insisté.

Il a néanmoins reconnu que la montée en puissance de l’IA provoque des interrogations majeures. Car si l’IA peut optimiser la gestion publique ou faciliter l’accès à l’information, elle peut aussi manipuler, exclure ou diviser. Le défi n’est donc pas technologique mais politique : comment encadrer et orienter l’IA pour qu’elle renforce, plutôt qu’elle n’affaiblisse, les systèmes démocratiques ?

Ouvrant officiellement les travaux, M. Missite Aworou a pour sa part refusé toute approche alarmiste. Pour lui, « loin d’être un danger en soi, l’intelligence artificielle peut être un outil puissant au service de la démocratie et de la bonne gouvernance ». Encadrée par des normes appropriées et utilisée de manière éthique, l’IA pourrait devenir un levier d’efficacité publique, de participation citoyenne et de développement humain. Mais cette ambition ne pourra se concrétiser qu’à condition de rester vigilants : « la régulation est indispensable pour prévenir les dérives et préserver la cohésion sociale ».

Les échanges prévus durant le symposium visent d’ailleurs à sensibiliser les participants aux enjeux de la démocratie numérique, à analyser les limites et impacts de l’IA, mais aussi à explorer des usages vertueux permettant d’améliorer la transparence institutionnelle. Il s’agira aussi d’identifier le rôle concret de chaque acteur État, communauté technologique, société civile, médias dans la construction d’une gouvernance adaptée à ce nouvel écosystème.

En définitive, la JID 2025 au Togo aura été l’occasion d’un appel à la responsabilité collective.

Dans un monde bouleversé par les technologies avancées, la défense de la démocratie ne peut reposer sur la seule confiance : elle requiert des cadres, des compétences et une vigilance permanente. Le Togo, en plaçant l’IA au centre de cette édition, affirme ainsi sa volonté d’anticiper plutôt que de subir, et de faire de l’innovation un allié plutôt qu’une menace pour la gouvernance démocratique.

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