Retour impossible : une bébé de Gaza renvoyée en zone de guerre après une opération à cœur ouvert

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Par René DOKOU, le 23 Mai 2025

(IMPARTIAL ACTU)- Dans une tente précaire du camp d’al-Shati, à Gaza, Enas Abu Daqqa serre contre elle sa fille de sept mois, Niveen. Sous une couverture violette et blanche, la petite repose sur un oreiller, fragile et vulnérable. Son souffle reste irrégulier malgré l’intervention chirurgicale à cœur ouvert qu’elle a subie en Jordanie quelques semaines plus tôt.

Un combat contre la guerre et la maladie

Née au milieu des bombardements, avec une grave malformation cardiaque, Niveen est un symbole vivant de la lutte acharnée des civils pour survivre dans l’enclave assiégée. Sa mère raconte avoir tout tenté pour garder sa fille en vie dans un système médical au bord de l’effondrement. “Elle tombait malade en permanence, elle ne grossissait pas”, confie Enas, épuisée.

Face à l’urgence, l’unique solution était l’évacuation médicale. En mars, un espoir naît : grâce à une initiative du roi Abdallah de Jordanie, 29 enfants malades de Gaza, dont Niveen, sont transportés vers Amman. Le transfert, coordonné avec les autorités israéliennes, permet à ces jeunes patients d’être soignés loin des bombes.

Une opération réussie, mais un avenir incertain

En Jordanie, les médecins opèrent Niveen avec succès. L’état de la fillette s’améliore lentement. Dans la chambre d’hôpital, Enas reste toutefois hantée par l’incertitude. Chaque jour, elle consulte fébrilement les nouvelles, guettant les noms des quartiers bombardés, s’inquiétant pour son mari et ses autres enfants restés à Gaza.

Mais le 12 mai, un choc : en pleine nuit, les autorités jordaniennes l’informent que le traitement de sa fille est officiellement terminé. Elle devra repartir à Gaza le lendemain.

Un retour controversé dans une zone de guerre

“On est partis pendant une trêve. Pourquoi nous renvoyer alors que les combats ont repris ?”, s’interroge Enas, incrédule. Ce retour, sous les bombes, soulève une question morale profonde : faut-il renvoyer une enfant convalescente dans une zone où les hôpitaux sont détruits, l’eau rare et les médicaments introuvables ?

Les autorités jordaniennes n’ont pas fourni de commentaires détaillés. Le programme d’évacuation devait accueillir jusqu’à 2 000 enfants, mais face à la reprise des hostilités, l’équilibre entre sécurité, logistique et capacité médicale devient de plus en plus instable.

Entre survie et abandon

Aujourd’hui, dans le silence pesant d’un camp de déplacés, Niveen lutte encore. Le ventilateur de fortune ne suffit pas à atténuer la chaleur. Sa mère veille, impuissante, craignant chaque instant une rechute.

Ce retour précipité met en lumière l’impasse tragique des civils dans un conflit interminable. Les enfants comme Niveen, pris au piège entre guerre et espoir, rappellent que derrière chaque statistique, il y a une vie fragile et parfois, une chance trop vite arrachée.

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