Par René DOKOU, le 13 Juin 2025
(IMPARTIAL ACTU)- Réunie vendredi 13 juin 2025 à Lomé pour son Assemblée générale ordinaire, l’Association nationale des commerçants-exportateurs du soja au Togo (ANCES-Togo) a dressé un bilan contrasté de ses activités. Conformément à ses statuts, l’association s’est retrouvée pour passer en revue son rapport d’activités, son état financier, et surtout pour envisager de nouvelles stratégies face à une filière en difficulté.
Une ambiance conviviale et des résultats salués
L’édition de cette année s’est déroulée dans une atmosphère détendue et fraternelle. Contrairement aux précédentes rencontres, les membres de l’association ont unanimement reconnu les efforts déployés par le nouveau bureau en faveur du développement du secteur du soja au Togo. Des résultats encourageants et tangibles ont été enregistrés ces dernières années, témoignant d’une dynamique positive.
Les échanges ont également mis en lumière la gestion rigoureuse des activités, avec un accent particulier sur la transparence, désormais perçue comme une véritable marque de fabrique du bureau actuel. « Des efforts ont été faits, et nous encourageons le bureau à faire plus et à être toujours à l’écoute de ses membres », a résumé l’un des participants, soulignant l’importance de maintenir cette dynamique inclusive et constructive.

Un secteur en déséquilibre chronique
Le soja, produit agricole stratégique pour l’économie togolaise, connaît des turbulences inquiétantes. Alors que la demande des transformateurs a explosé pour atteindre 500 000 tonnes, la production annuelle plafonne à moins de 150 000 tonnes. Un déséquilibre majeur qui alimente frustrations, endettement et perte de compétitivité.
Le président de l’ANCES M. Kokou Tewou, dans son discours, n’a pas mâché ses mots : « Nos membres croulent sous les dettes. La mévente du soja, combinée à des taux de crédit trop élevés, a asphyxié nos activités. Pire, notre produit n’est plus compétitif sur les marchés internationaux ».
À ces difficultés s’ajoutent les réticences croissantes des institutions financières à soutenir les opérateurs du secteur. Malgré une session de concertation organisée à Lomé avec les autorités, l’Office togolais des recettes (OTR), et les établissements financiers, aucune avancée significative n’a été enregistrée. « La principale difficulté reste la production. Tant qu’elle n’augmente pas, aucune autre réforme ne pourra suffire », a-t-il ajouté.
Appel à une intervention de l’État
Face à cette situation jugée critique, l’ANCES lance un appel pressant à l’État togolais. L’association propose, entre autres, l’instauration d’une subvention sur les semences, afin de relancer la production à la base. « Il est urgent de soutenir les producteurs, car sans eux, toute la chaîne est paralysée : commerçants, exportateurs et transformateurs en paient le prix fort », a plaidé le bureau exécutif.
L’organisation insiste également sur la nécessité d’un plan national d’investissement dans la filière soja, incluant un meilleur accompagnement des coopératives agricoles, des incitations fiscales pour les entreprises de transformation, et un soutien logistique aux exportateurs. L’objectif est clair : créer une dynamique de relance inclusive et durable.
Des pistes pour un nouveau départ
En dépit des critiques et des désillusions, l’Assemblée générale a été l’occasion de réfléchir collectivement aux solutions. Plusieurs recommandations ont émergé : la professionnalisation des producteurs, la création d’un fonds d’appui spécifique au soja, et la mise en place de partenariats public-privé pour moderniser les outils de production.

Un acteur clé de la filière soja
Créée en 2018 et affiliée au Conseil interprofessionnel de la filière soja (CIFS), l’ANCES-Togo a pour mission d’organiser, promouvoir et développer la commercialisation et l’exportation du soja. Elle regroupe des commerçants-exportateurs de tout le pays, et agit comme interface entre les producteurs, les acheteurs internationaux et les autorités nationales.
Mais pour poursuivre sa mission efficacement, l’association doit aujourd’hui se réinventer. « Il nous faut repartir sur des bases solides, plus adaptées aux réalités économiques et aux attentes des membres », a conclu le président, en appelant à un sursaut collectif.
En résumé, cette Assemblée générale intervient à un moment charnière pour la filière soja au Togo. Entre besoins croissants, production stagnante et crise de confiance, l’ANCES-Togo doit urgemment tracer une nouvelle voie. L’implication de l’État, l’engagement du secteur privé et la mobilisation des membres seront déterminants pour transformer les défis actuels en opportunités durables.
















