Nouvelle baisse de la production cotonnière au Togo : entre inquiétudes et espoirs de relance

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Par René DOKOU, le 30 Mai 2025

(IMPARTIAL ACTU)- La filière cotonnière togolaise traverse une nouvelle zone de turbulence. Selon les données officielles dévoilées par la Nouvelle Société Cotonnière du Togo (NSCT) lors de la rencontre nationale de bilan tenue à Kara le mercredi 28 mai 2025, la campagne 2024-2025 s’est achevée avec une production de 60 403 tonnes de coton graine, en net recul par rapport aux prévisions.

Ce chiffre représente une baisse de 8,4 % par rapport aux 66 000 tonnes escomptées, et une diminution de 9,8 % par rapport aux 67 000 tonnes récoltées lors de la campagne précédente. Une contre-performance qui vient accentuer les difficultés d’une filière déjà fragilisée ces dernières années, et qui soulève à nouveau des interrogations sur la stratégie actuelle de gestion du secteur.

Des causes climatiques pointées du doigt
Pour les acteurs de la filière réunis à Kara, cette baisse est largement imputable aux aléas climatiques, notamment à la forte irrégularité des précipitations observée durant la saison. Les zones de production, réparties principalement dans le nord du pays, ont été confrontées à des périodes prolongées de sécheresse alternant avec des pluies soudaines et mal réparties, affectant négativement la croissance des plants et les rendements.

Cette situation n’est pas propre au Togo : de nombreux pays d’Afrique de l’Ouest, dépendants de l’agriculture pluviale, ont également vu leur production baisser sous l’effet du dérèglement climatique.

Une filière sous pression depuis la reprise par Olam

Depuis la prise de contrôle de la filière par le groupe singapourien Olam en 2020, la production nationale peine à retrouver sa dynamique d’avant. Si la campagne 2023-2024 avait marqué une légère embellie avec 67 000 tonnes récoltées, cette nouvelle baisse ramène les chiffres en deçà du seuil symbolique des 60 000 tonnes, que la filière franchit difficilement depuis cinq ans.

De nombreux observateurs estiment que cette stagnation reflète à la fois des défis structurels (accès limité aux intrants, vieillissement des producteurs, manque d’équipements modernes) et des choix de gestion controversés depuis la privatisation partielle du secteur.

Une filière toujours jugée « résiliente »
Malgré cette nouvelle contre-performance, les responsables de la NSCT ont tenu à nuancer le constat, parlant d’une « résilience » de la filière. Dans un contexte marqué par la crise climatique, l’inflation sur les marchés des intrants et la volatilité des prix mondiaux du coton, les résultats obtenus sont perçus comme le signe que les bases de la filière tiennent bon.

La rencontre de Kara a d’ailleurs permis aux producteurs, techniciens, et autorités locales d’exprimer leur détermination à inverser la tendance. Une série de recommandations a été formulée en vue d’une relance ambitieuse dès la prochaine campagne.

Cap sur une relance : 93 000 tonnes visées en 2025-2026

Face à l’urgence de redynamiser le secteur, les participants à la rencontre nationale ont défini un objectif élevé pour la campagne 2025-2026 : 93 000 tonnes de coton graine, pour 110 000 hectares emblavés. Un pari audacieux, qui suppose un renforcement de l’encadrement technique, une amélioration de la distribution des intrants et une implication plus accrue des producteurs.

L’État togolais, pour sa part, a décidé de maintenir une politique de soutien aux prix, malgré un contexte économique difficile. Le prix d’achat du coton graine reste fixé à 300 FCFA le kilogramme, un niveau jugé incitatif par les coopératives paysannes. De même, les prix des engrais (NPKSB et Urée) sont maintenus à 14 000 FCFA le sac, un effort salué par les producteurs, alors que le coût des intrants flambe sur le marché international.

Des défis majeurs restent à relever

La réussite de cette relance passe toutefois par la levée de plusieurs goulots d’étranglement. Parmi les priorités figurent la modernisation des outils agricoles, l’amélioration de la formation des producteurs, la réorganisation de la chaîne de distribution des intrants et la lutte contre les retards de paiement.

Il sera également crucial d’instaurer une meilleure gouvernance du secteur, capable de concilier les intérêts économiques d’un opérateur privé international avec les besoins des milliers de producteurs locaux, véritables piliers de la filière.

Le coton reste un produit stratégique pour l’économie rurale togolaise. Mais pour qu’il redevienne une source de croissance et de fierté nationale, un effort collectif et durable est désormais indispensable.

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