Par René DOKOU, le 23 Septembre 2026
(IMPARTIAL ACTU)- Le ministre togolais des Affaires étrangères a catégoriquement écarté, ce mercredi sur l’antenne de France 24, l’idée que des mercenaires russes opèrent au Togo. Interrogé sur des rumeurs qui persistent depuis plusieurs mois, le chef de la diplomatie a affirmé que les étrangers aux côtés des armées togolaises exercent exclusivement des missions d’instruction.
Ces soupçons avaient été relayés en juillet par l’opposition togolaise. Elle disait redouter le déploiement de « forces étrangères » dans le nord du pays. Elle évoquait à la fois des mercenaires russes de l’Africa Corps et des éléments turcs rattachés à la société militaire privée Sadat. Aucune confirmation officielle n’a accompagné ces allégations, dont la composante russe est aujourd’hui démentie par Lomé.
« Nous avons des formateurs », a répondu le ministre, avant d’expliquer la logique de cette coopération. Lorsqu’un pays acquiert un hélicoptère, qu’il soit français, américain, chinois ou russe, le fournisseur envoie des instructeurs chargés de préparer les équipages et d’entraîner les forces de défense et de sécurité. Selon lui, cette présence relève donc d’une pratique ordinaire, inhérente à tout achat d’équipement militaire. L’argument vise à replacer la polémique dans le cadre banal des relations de défense entre États.
Le sujet est d’autant plus sensible que le nord du Togo, frontalier du Burkina Faso, subit depuis plusieurs années la pression de groupes jihadistes venus du Sahel. Face à cette menace, les autorités ont renforcé leur dispositif sécuritaire dans la région des Savanes. Toute présence militaire étrangère y est donc scrutée avec attention, qu’elle soit réelle ou supposée.
Les deux structures citées par l’opposition figurent parmi les acteurs les plus observés de la scène sécuritaire africaine. L’Africa Corps, placée sous l’autorité du ministère russe de la Défense, a succédé au groupe Wagner sur plusieurs théâtres du continent, notamment au Mali. Sadat est une société militaire privée turque dont le rôle à l’étranger fait l’objet de nombreux débats.
Dans la sous-région, le contexte alimente la vigilance. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger, réunis au sein de l’Alliance des États du Sahel, ont noué des partenariats étroits avec Moscou. Tout État voisin qui évoque une coopération avec la Russie s’expose donc à des interrogations, même lorsqu’il s’agit d’un simple contrat d’équipement.
La controverse porte ainsi moins sur l’existence de personnels étrangers que sur leur nature et leur mandat. Un formateur rattaché à un contrat de livraison n’a ni le statut ni la mission d’un combattant privé, et c’est sur cette frontière que se joue le débat. En l’absence d’éléments publics pour étayer ou infirmer les affirmations de l’opposition, la question du rôle exact de ces personnels dans le nord du pays reste entière.
Le ministre a d’ailleurs pris soin de citer pêle-mêle des fournisseurs français, américains, chinois et russes, signe que Lomé revendique des partenariats de défense variés. Reste à savoir si cette explication suffira à dissiper les doutes de l’opposition, qui pourrait réclamer plus de transparence sur la nature de ces coopérations et sur leur déploiement géographique.
















