Le Togo face au reflux annoncé des dons-projets

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Par René DOKOU, le 21 Janvier 2026

(IMPARTIAL ACTU)- L’État togolais anticipe une chute marquée des dons-projets entre 2026 et 2028, selon les projections de recettes budgétaires récemment établies. Ces financements, essentiels au soutien de nombreux programmes publics, passeraient de 166,9 milliards FCFA en 2026 à 70,9 milliards FCFA en 2027, avant de tomber à 31,6 milliards FCFA en 2028. En l’espace de deux ans, ils seraient ainsi divisés par plus de cinq, pour une perte cumulée proche de 135 milliards FCFA.

Cette évolution traduit un net repli des aides extérieures affectées à des projets spécifiques, généralement assimilées à des ressources non fiscales. Elles proviennent majoritairement des institutions financières internationales, au premier rang desquelles la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI), partenaires clés du Togo dans la mise en œuvre de ses politiques publiques et sociales.

Pour l’exercice budgétaire 2026, les autorités togolaises ont néanmoins prévu la mise en place de comptes d’affectation spéciale afin de canaliser certains financements de la Banque mondiale. Le montant global de ces ressources est fixé à 48,68 milliards FCFA et concerne trois programmes stratégiques. Le premier est le Programme national de protection sociale non contributive, qui finance notamment l’Assistance sociale transformatrice pour la résilience au Togo (ASTRE), dispositif central de transferts monétaires en faveur des ménages vulnérables. Le deuxième, le Programme de modernisation et de renforcement des capacités de l’administration pour la délivrance des services (PMADS), vise l’amélioration de la performance administrative, de la qualité des services publics et de la gouvernance. Le troisième, le Programme de transformation durable de l’agriculture au Togo (PTDAT), accompagne la mise en œuvre du Programme de modernisation de l’agriculture (ProMAT) pour la période 2025-2034.

Parallèlement, le Togo bénéficie toujours de l’appui du FMI à travers une Facilité élargie de crédit (FEC) d’une durée de 42 mois, approuvée en mars 2024. Ce programme représente un montant total d’environ 240 milliards FCFA, soit près de 400 millions de dollars, et vise à soutenir la stabilité macroéconomique, la discipline budgétaire et les réformes structurelles.

Malgré ces soutiens, la tendance globale reste à la contraction des dons-projets. En 2026, ils représenteraient encore plus de 10 % des recettes budgétaires totales. En 2028, leur poids tomberait à moins de 2 %, sauf retournement significatif ou conclusion de nouveaux accords de financement. Une telle baisse constitue un tournant pour les finances publiques togolaises, longtemps appuyées sur ces ressources extérieures pour financer les investissements structurants et certains programmes sociaux.

Dans le même temps, les recettes fiscales suivent une trajectoire inverse. Elles sont attendues en hausse progressive, passant de 1 338 milliards FCFA en 2026 à 1 474 milliards FCFA en 2027, puis à 1 620 milliards FCFA en 2028. Cette dynamique repose sur l’élargissement de l’assiette fiscale, l’amélioration du recouvrement et la poursuite des réformes de l’administration fiscale et douanière.

Ce double mouvement — recul des dons-projets et montée en puissance des recettes internes — pose plusieurs interrogations majeures. La première concerne la capacité de l’État à maintenir un niveau soutenu d’investissements publics sans un appui extérieur massif, notamment dans les secteurs sociaux et productifs. La seconde porte sur la soutenabilité sociale et économique d’un effort fiscal accru, tant pour les ménages que pour les entreprises, dans un contexte marqué par les défis du coût de la vie et de la compétitivité.

Au-delà des chiffres, ces projections pourraient signaler la fin de certains cycles de projets financés par les partenaires internationaux, sans renouvellement immédiat de programmes équivalents. Elles peuvent aussi traduire un choix stratégique assumé par les autorités : celui d’un recentrage progressif vers une plus grande autonomie budgétaire et une dépendance réduite à l’aide extérieure.

Les prochains mois, à travers les ajustements budgétaires et les futures négociations avec les partenaires techniques et financiers, permettront de déterminer si cette trajectoire marque une transition maîtrisée ou un défi budgétaire majeur pour l’État togolais.

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