L’ANCE-Togo en première ligne contre les flux financiers illicites

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Par René DOKOU, le 16 Mai 2025

(IMPARTIAL ACTU)- Jeudi 15 Mai 2025 à Lomé, l’Alliance Nationale des Consommateurs et de l’Environnement (ANCE-Togo) a organisé un atelier de renforcement des capacités à l’intention des organisations de la société civile (OSC). Cet événement, soutenu financièrement par le Groupe intergouvernemental d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique de l’Ouest (GIABA), s’inscrit dans une série d’activités visant à intensifier la lutte contre les flux financiers illicites au Togo.

Un atelier pour outiller la société civile à Lomé

Après avoir ciblé les journalistes lors d’une première session, ANCE-Togo s’adresse désormais aux OSC pour leur permettre de mieux comprendre les enjeux liés à ces flux, et de soutenir le plaidoyer en faveur de l’adoption d’un avant-projet de loi crucial : celui portant création et mise en œuvre d’un organe national de recouvrement des avoirs d’origine illicite.

Des pertes colossales pour le continent africain

Lors de l’atelier, le président de l’ANCE-Togo, Fabrice Ebeh, a dressé un tableau alarmant des conséquences des flux financiers illicites (FFI) sur le développement de l’Afrique. Selon lui, le continent a perdu plus de 1000 milliards de dollars au cours des 50 dernières années, un montant équivalent à l’ensemble de l’aide publique au développement reçue durant la même période.

« On estime actuellement que l’Afrique perd plus de 50 milliards de dollars par an du fait des flux financiers illicites », a rappelé M. Ebeh, citant un rapport de l’Union africaine de 2015. Il a aussi évoqué une étude de la Commission économique pour l’Afrique (CEA) révélant que 407 milliards de dollars ont été perdus entre 2001 et 2010 en raison de la falsification des prix dans les échanges commerciaux.

Un impact direct sur les services sociaux de base

L’ampleur de ces pertes ne se limite pas à une simple question de chiffres. D’après un rapport de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) publié en 2020, les pays fortement touchés par les FFI investissent en moyenne 25 % de moins dans la santé et 58 % de moins dans l’éducation que ceux où ces flux sont faibles. Une inégalité structurelle qui freine le progrès social et aggrave les vulnérabilités économiques des populations.

« Les flux financiers illicites érodent l’assiette fiscale, découragent les investissements et entravent la transformation économique du continent », a insisté le président de l’ANCE-Togo.

Une réponse institutionnelle au niveau national

Le Togo ne reste pas inactif face à ce fléau. Le gouvernement a déjà mis en place plusieurs dispositifs, notamment la CENTIF-Togo, cellule nationale chargée du traitement des informations financières. Il a également adopté des textes juridiques en lien avec la lutte contre le blanchiment d’argent et la corruption.

Cependant, pour franchir un cap décisif, le GIABA recommande l’adoption rapide d’un avant-projet de loi instaurant un organe spécialisé dans le recouvrement des avoirs illicites. Selon l’institution régionale, tant que les criminels peuvent conserver les fruits de leurs actes, les efforts de répression resteront insuffisants.

Mobilisation de la société civile pour une gouvernance plus transparente

C’est dans cette dynamique que s’inscrit l’atelier organisé par l’ANCE-Togo. Une quinzaine d’organisations de la société civile, engagées pour la transparence et la bonne gouvernance, ont participé à cette formation articulée autour de trois modules : le cadre juridique national des flux financiers illicites, le rôle attendu de l’organe de recouvrement des avoirs, et les impacts de ces flux sur le développement.

L’objectif de l’ANCE-Togo est clair : faire de la société civile un levier fort pour soutenir les actions de plaidoyer auprès des autorités togolaises, afin de garantir l’adoption et l’opérationnalisation de cette nouvelle structure.

La lutte contre les flux financiers illicites au Togo passe par une mobilisation coordonnée des institutions, des acteurs de la société civile et du soutien international. En renforçant les capacités des OSC, l’ANCE-Togo contribue activement à cet effort collectif pour une gouvernance plus juste, une transparence accrue et un avenir économique durable.

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