Par René DOKOU, le 1er Septembre 2025
(IMPARTIAL ACTU)- Le sénateur togolais et président national du Parti Démocratique Panafricain (PDP), Innocent Kagbara, a marqué de son empreinte le Mini-Sommet sur le panafricanisme et le processus de démocratisation en Afrique, tenu récemment à Abidjan.
La rencontre, organisée en marge du dixième anniversaire du Congrès Panafricain pour la Justice et l’Égalité des Peuples (COJEP) de Charles Blé Goudé, a réuni intellectuels, responsables politiques et acteurs de la société civile autour d’une réflexion centrale : « Processus de démocratisation en Afrique du discours de La Baule à aujourd’hui : bilan et perspectives ».
Dans son intervention, Kagbara a choisi de revisiter l’héritage du fameux discours de La Baule, prononcé en 1990 par le président français François Mitterrand, qui liait l’aide publique au développement à l’instauration du pluralisme politique sur le continent. Pour le leader du PDP, ce moment a constitué un tournant historique, mais dont les résultats restent contrastés.
Un bilan mitigé du processus démocratique
Le sénateur a rappelé que certains pays comme le Bénin ou le Cap-Vert ont su transformer cette impulsion en dynamiques institutionnelles solides, avec des alternances régulières et un enracinement progressif des pratiques démocratiques. Mais, ailleurs, la transition s’est limitée à l’apparition de partis multiples, sans véritable changement dans l’exercice du pouvoir.
« Nous avons gagné en liberté d’expression et en vitalité de la société civile. Mais l’indépendance de la justice, l’alternance pacifique et la transparence économique restent fragiles », a-t-il souligné devant un public attentif.
Vers un modèle africain de gouvernance
L’homme politique togolais estime que la démocratie en Afrique ne peut pas se réduire à une simple transposition de modèles occidentaux. Il appelle à inventer une forme de gouvernance propre au continent, enracinée dans ses valeurs et ses réalités socioculturelles.
C’est dans cet esprit qu’il avance le concept d’« africratie », une vision alternative de l’organisation politique africaine. Ce modèle, explique Kagbara, repose sur trois piliers : une réforme institutionnelle en profondeur, un modèle économique souverain et endogène, et enfin un socle de valeurs partagées, garanti par des mécanismes de vérification crédibles.
« L’africratie n’est pas un rejet de la démocratie, mais une réinvention de celle-ci. Il s’agit de dépasser le cadre strictement électoral pour construire une gouvernance participative, de proximité, et surtout fidèle aux aspirations des peuples africains », a plaidé le sénateur.
Une vision fédératrice
Au-delà des constats, Kagbara s’est voulu rassembleur. Il a exhorté les Africains à s’approprier ce concept et à œuvrer ensemble à la construction d’un pacte politique nouveau, capable de traduire les ambitions d’un continent en pleine mutation. « L’avenir glorieux de l’Afrique se trouve dans l’africratie », a-t-il affirmé avec conviction.
Des voix panafricanistes rassemblées
Ce panel, auquel Kagbara a pris une part active, a également donné la parole à d’autres figures engagées. Parmi elles, Serge-Espoir Matomba, président du parti Peuples Unis pour la Rénovation Sociale (PURS) et candidat à la présidentielle camerounaise du 12 octobre prochain, Dr Paul Hervé Agoubli, secrétaire général d’Objectif Républicain, ainsi que Landry Kuyo, juriste et analyste politique. Tous ont convergé sur l’urgence d’adapter les systèmes politiques africains aux défis contemporains, loin des schémas hérités de la colonisation.
Une contribution remarquée
En prenant part à cette rencontre internationale, Innocent Kagbara a renforcé son statut de voix montante du panafricanisme politique. Sa proposition d’« africratie » ouvre un champ de réflexion inédit, à un moment où de nombreux pays africains peinent à consolider des institutions stables et crédibles.
Pour ses partisans, le sénateur togolais incarne une génération de responsables soucieux de repenser la gouvernance en phase avec les réalités locales. Pour ses détracteurs, son concept reste encore à clarifier et à traduire en propositions concrètes. Mais une chose est certaine : le débat est lancé.
En Côte d’Ivoire, lors de ce mini-sommet marqué par la diversité des interventions et la densité des échanges, Kagbara a rappelé que la démocratisation en Afrique n’est pas une fin en soi, mais un chantier permanent. Et que ce chantier exige, selon lui, d’inventer une voie africaine, capable de conjuguer pluralisme politique, souveraineté économique et valeurs culturelles.
À l’heure où plusieurs États africains connaissent des tensions institutionnelles, des coups d’État militaires ou des contestations électorales, la question posée par le sénateur togolais trouve une résonance particulière : comment construire une démocratie durablement enracinée en Afrique ?
















