Par René DOKOU, le 19 Septembre 2025
(IMPARTIAL ACTU)- La date restera comme une ombre dans l’histoire récente. Le jeudi 18 septembre 2025, la capitale française a vu défiler non seulement des milliers de manifestants, mais aussi une armée policière sans précédent. Blindés Centaure postés aux carrefours, gaz lacrymogènes dans les rues, journalistes bousculés ou empêchés de travailler : un spectacle inquiétant dans un pays qui se veut champion des droits humains.
Une démonstration de force inédite
Selon le ministère de l’Intérieur, 26 véhicules blindés ont été déployés dans Paris et sa proche banlieue, épaulés par 80 000 policiers et gendarmes. Officiellement, il s’agissait de prévenir de possibles débordements. Dans les faits, l’image d’une capitale quadrillée par des engins militaires interroge. Pourquoi une telle démonstration de puissance face à une mobilisation citoyenne ? Jusqu’où l’État peut-il invoquer la sécurité publique pour justifier une réponse perçue comme disproportionnée ?
Cette stratégie traduit un glissement. Le maintien de l’ordre n’apparaît plus seulement comme une mission de protection, mais comme un outil d’intimidation. Une logique qui nourrit la défiance et accentue les tensions entre forces de l’ordre et société civile.
Manifestants et journalistes dans la tourmente
Sur le terrain, de nombreux témoignages décrivent des charges brutales, des coups de matraque répétés et un usage massif de gaz lacrymogènes. Plusieurs manifestants pacifiques affirment avoir été interpellés sans sommation. Mais le constat le plus alarmant concerne la presse.
Des reporters ont été repoussés, certains frappés, d’autres empêchés de filmer. Caméras brisées, accès bloqués : ces incidents ne relèvent pas de simples bavures. Ils posent une question centrale dans toute démocratie : celle du droit à informer et du rôle de contre-pouvoir de la presse. Quand le journaliste devient une cible, c’est la transparence elle-même qui vacille.
Le double discours français
L’épisode fait écho à une contradiction désormais difficile à ignorer. La France s’affiche régulièrement sur la scène internationale comme défenseur des libertés publiques, dénonçant les atteintes à la presse en Afrique, en Asie ou au Moyen-Orient. Or, les images de Paris ce 18 septembre montrent que ces principes sont fragiles jusque dans les rues françaises.
Comment continuer à prêcher la liberté ailleurs quand elle chancelle à domicile ? La dissonance entre discours officiel et pratiques réelles affaiblit la crédibilité de la diplomatie française.
Une liberté en sursis
Au cœur de cet affrontement, c’est le lien de confiance entre citoyens, presse et institutions qui se fissure. Là où devrait exister un dialogue, s’installe la peur. Là où la démocratie promet protection, s’impose la répression. Manifestants vus comme des adversaires, journalistes traités comme des intrus : les lignes se brouillent dangereusement.
Le 18 septembre ne sera pas qu’un souvenir de manifestation réprimée. Il symbolise un tournant : celui d’une République qui, au nom de la sécurité, fragilise ses propres fondements.
Un appel à la cohérence
La défense des libertés ne peut être sélective. Elle ne peut pas s’arrêter aux portes des institutions lorsqu’elles se sentent menacées. La France ne retrouvera une autorité crédible que si elle applique à elle-même les principes qu’elle proclame haut et fort sur la scène internationale.
Au-delà des discours, ce sont des actes concrets qui s’imposent : garantir la protection des journalistes, encadrer strictement l’usage de la force, restaurer un espace de confiance entre la société civile et l’État.
Le 18 septembre 2025 restera une tache sombre si rien ne change. Mais il peut aussi devenir le point de départ d’une réflexion collective. Car une démocratie qui maltraite ses libertés finit toujours par s’affaiblir elle-même.
















