Par René DOKOU, le 30 Septembre 2026
(IMPARTIAL ACTU)- Le Forest and Farm Facility (FFF) arrive au bout de sa deuxième phase au Togo. Depuis ce mardi 29 septembre 2026, Lomé accueille un atelier de capitalisation qui réunit les acteurs du mécanisme. L’objectif est de passer au crible sept années d’intervention et de formaliser les résultats. Il s’agit aussi de dégager des orientations pour une suite éventuelle.
Une logique d’enseignement avant tout
Pour le lieutenant-colonel Dimizou Aoufoh Koffi, secrétaire général du ministère de l’Environnement, des Ressources forestières, de la Protection côtière et du Changement climatique, la rencontre ne se limite pas à un simple compte rendu. Les acquis du projet doivent selon lui irriguer les futures actions menées en zone rurale.
« Ce que nous voulons retenir, c’est toute la philosophie d’intervention qui est nécessaire et qui doit être capitalisée pour nos interventions en milieu rural », a-t-il déclaré. Il a insisté sur la nécessité de consigner les résultats par écrit. Sans cette trace, les démarches efficaces ne pourraient pas être reproduites ailleurs.
Cette exigence répond à un constat courant dans les programmes de développement : les expériences concluantes restent parfois cantonnées à leur territoire d’origine, faute d’avoir été analysées et partagées. L’atelier de Lomé veut éviter cet écueil. Il doit inventorier les actions menées et les mécanismes instaurés. Il doit aussi examiner les difficultés rencontrées et les solutions imaginées sur le terrain par les bénéficiaires.
L’Université de Lomé aux commandes de l’analyse
La mission de capitalisation a été confiée au Centre d’études et de recherche sur les organisations, la communication et l’éducation (CEROCE), rattaché à l’Université de Lomé. Son chef de mission, le professeur Gnane Napa, décrit un travail de reconstitution : retracer le parcours du programme pour comprendre ce qui a été réalisé, et aussi la manière dont les résultats ont été atteints.
« Il s’agissait pour nous de pouvoir capitaliser les acquis de ce programme : qu’est-ce qui a été fait, qu’est-ce qu’on a obtenu comme résultats et, de façon globale, comment les processus ont été conduits ? », a-t-il indiqué.
Cette approche distingue le simple bilan chiffré de la capitalisation proprement dite. Le premier mesure ce qui a été produit. La seconde cherche à expliquer pourquoi certaines initiatives ont fonctionné et dans quelles conditions elles pourraient être transposées.
Des chiffres qui situent l’ampleur du dispositif
Lancé officiellement en avril 2019 avec l’appui de la FAO, le FFF a mobilisé 4 673 794 dollars américains en faveur des organisations de producteurs forestiers et agricoles. Sur la période 2019-2026, 299 d’entre elles ont bénéficié de ses soutiens.
Les appuis, techniques comme financiers, ont couvert plusieurs axes :
le renforcement des capacités des organisations ;
la gouvernance des ressources naturelles ;
la restauration des paysages ;
le développement d’activités destinées à améliorer les moyens d’existence des communautés rurales.
L’ambition était double. Il fallait consolider le fonctionnement interne des organisations, et leur donner une place plus affirmée dans les instances où se décide la gestion des ressources naturelles.
Des organisations plus solides et plus inventives
Les premiers enseignements de l’étude font état d’évolutions notables au sein des organisations de producteurs forestiers et agricoles (OPFA). Plusieurs ont engagé une restructuration, adopté ou actualisé leurs textes fondamentaux et amélioré leur fonctionnement quotidien.
L’équipe de recherche relève aussi une meilleure implication des femmes et des jeunes dans la vie de ces structures. « Plusieurs OPFA ont pu se reconstruire, se restructurer, se doter notamment de textes. On a pu voir que, dans plusieurs OPFA, les femmes ont pu se faire une place, notamment les jeunes », a constaté le professeur Gnane.
Autre point saillant : la capacité d’initiative des bénéficiaires. Certaines organisations ont apporté leurs propres réponses aux réalités locales, au-delà des activités prévues au départ. « Au-delà du programme, les OPFA ont pu innover. En dehors de ce qui était prévu et conduit, les OPFA ont pu innover, s’adapter », souligne le chef de mission.
Pour les concepteurs de programmes, ce constat a du poids. Un dispositif qui suscite des initiatives dépassant son cadre initial démontre que l’accompagnement a nourri une dynamique propre aux acteurs, et pas seulement une exécution d’activités.
Protéger la forêt sans négliger les revenus
La démarche du FFF repose sur un équilibre assumé entre plusieurs priorités : préservation et restauration des ressources forestières, résilience face au changement climatique, et amélioration des conditions de vie. Le mécanisme lie ainsi les objectifs environnementaux aux attentes économiques et sociales des populations rurales.
Cette articulation traduit une conviction largement partagée dans le secteur : la sauvegarde des paysages n’a de chance de durer que si les communautés qui y vivent en tirent un bénéfice tangible. Restaurer un espace dégradé a peu de sens si les familles concernées n’y trouvent ni revenus ni sécurité alimentaire.
Le dispositif a également misé sur le plaidoyer. Il s’est agi de porter les préoccupations des organisations de producteurs jusqu’aux politiques publiques nationales, afin de renforcer le poids du monde paysan dans les décisions touchant à la gestion des ressources naturelles.
Après 2026, une suite qui reste à décider
Puisque 2026 marque la dernière année de mise en œuvre de la phase II, la question de la suite est désormais posée. Les échanges de Lomé doivent aider à déterminer quels enseignements pourraient être intégrés à une éventuelle troisième phase.
Il ne s’agit pas, à ce stade, d’annoncer une nouvelle phase comme acquise. L’atelier vise plutôt à fournir aux décideurs et aux partenaires les éléments d’appréciation nécessaires à une éventuelle poursuite. Parmi les pistes évoquées figure l’extension du dispositif à des organisations qui n’avaient pas pu être retenues lors des étapes précédentes.
Un moment charnière
Au terme de sept ans d’intervention, l’atelier ouvert ce 29 septembre marque une pause de réflexion. En confrontant les acquis, les limites et les innovations, les participants entendent faire de l’expérience de la phase II un socle opérationnel. Celui-ci pourrait servir les prochaines politiques togolaises de restauration des paysages, de résilience climatique et de développement rural.
















