Par René DOKOU, le 05 Septembre 2025
(IMPARTIAL ACTU)- Dans de nombreuses écoles du Togo, les heures de récréation n’ont plus le goût amer de la faim. Grâce aux cantines scolaires, des milliers d’élèves reçoivent chaque jour un repas chaud, équilibré et préparé localement. Une avancée qui transforme le quotidien des enfants, allège le fardeau des familles et redonne espoir à l’école togolaise.
La faim, un frein levé
Il y a encore quelques années, l’absentéisme et le décrochage scolaire, surtout en milieu rural, rythmaient la vie des classes. Les élèves parcouraient plusieurs kilomètres à pied pour rejoindre l’école, mais rentraient souvent le ventre vide à la mi-journée, incapables de suivre jusqu’au bout les cours. Beaucoup abandonnaient pour aider leurs parents aux champs.
Aujourd’hui, la perspective d’un repas chaud retient les enfants en classe. Les enseignants constatent une nette amélioration de l’assiduité et de la concentration. « Ils restent attentifs, ils participent davantage. On voit la différence », témoigne un instituteur de la région des Plateaux. Les résultats scolaires s’en ressentent : les statistiques officielles montrent une tendance positive au fil des ans.
Des chiffres parlants
En juin 2025, 232 530 candidats se sont présentés au Certificat d’études du premier degré (CEPD). Parmi eux, 115 234 filles, soit près de la moitié (49,56 %). L’an dernier, le taux de réussite atteignait 76,01 %, un niveau que le ministère de l’Éducation entend dépasser grâce, entre autres, à l’amélioration de la nutrition scolaire.
Le ministère du Développement à la base, de l’Inclusion financière, de la Jeunesse et de l’Emploi des jeunes a publié en août un bilan couvrant la période août 2024 – août 2025. Résultat : le nombre d’écoles publiques bénéficiant de cantines est passé de 158 000 à 167 000, soit 9 000 établissements supplémentaires en une seule année. Et la dynamique devrait se poursuivre, avec l’appui du Programme alimentaire mondial (PAM), partenaire clé séduit par les résultats obtenus.
Un soutien vital pour les familles
Pour beaucoup de foyers, les cantines représentent un soulagement bienvenu. Elles réduisent la charge alimentaire et libèrent des ressources pour d’autres besoins essentiels : vêtements, fournitures scolaires, parfois même économies pour les petits aléas du quotidien. La santé, de son côté, bénéficie déjà du programme School Amu de l’État.
Mais les cantines ne se limitent pas à nourrir les enfants. Elles favorisent aussi la solidarité dans les villages : parents, associations locales et producteurs se mobilisent pour approvisionner les cuisines et préparer les repas. Cette dynamique communautaire redonne souffle au tissu social, renforçant le lien entre école et société.
Le levier de l’agriculture locale
Le modèle togolais a un atout supplémentaire : il s’appuie sur les producteurs locaux. Les cantines privilégient l’achat de céréales, de légumineuses et de légumes cultivés dans la région. Ce choix crée un débouché régulier et rémunérateur pour les agriculteurs, tout en garantissant la fraîcheur des repas servis. Les cantinières, pour leur part, trouvent un revenu dans la préparation quotidienne.
Un cercle vertueux se dessine : les paysans écoulent leurs récoltes à un prix juste, les familles voient leurs enfants nourris, et les élèves bénéficient d’une alimentation adaptée et saine. L’école devient ainsi le point de convergence d’intérêts multiples, moteur de développement local.
Une réussite à consolider
Si les avancées sont notables, les défis demeurent. Étendre encore le programme, maintenir la qualité nutritionnelle, assurer une régularité sans faille dans la distribution : autant d’objectifs sur lesquels le gouvernement et ses partenaires doivent rester mobilisés. Car au-delà des chiffres, c’est l’avenir d’une génération qui se joue.
Au Togo, les cantines scolaires ont prouvé qu’un simple repas chaud pouvait changer la trajectoire d’un enfant. Entre lutte contre la faim, promotion de la réussite scolaire et soutien à l’économie locale, l’initiative trace les contours d’une politique publique salutaire. Dans les cours de récréation, les rires des élèves témoignent déjà du succès : désormais, apprendre rime avec manger à sa faim.
















