Par René DOKOU, le 05 Mai 2025
(IMPARTIAL ACTU)- Dans les ruelles sinueuses de la ville sainte de Qom, cœur battant du clergé chiite, le débat sur une éventuelle reprise des négociations entre l’Iran et les États-Unis divise. Loin de l’unanimité, les avis contrastés des religieux révèlent les tensions internes sur la stratégie à adopter face à l’ennemi historique.
Pourtant, certains prêcheurs n’hésitent plus à citer… Donald Trump, preuve d’une complexité nouvelle dans les discours.
En cette fin d’après-midi, la lumière dorée éclaire les dômes scintillants de la mosquée Imam Hassan Mojtaba. Après la prière, les fidèles se pressent autour de Haj Mohammad-Ali Sohani, religieux respecté au profil austère. Sa voix posée tranche avec les interrogations passionnées des croyants. Quand le sujet des discussions avec les États-Unis est évoqué, son regard se durcit.
« Les Américains ont toujours été rusés et peu fiables. Si nous devons parler avec eux, ce n’est que pour faire lever les sanctions qui étranglent notre économie. Mais jamais au prix de notre souveraineté militaire », lance-t-il d’un ton ferme. Pour lui, l’idée d’un compromis sur les capacités défensives de l’Iran reste une ligne rouge.
Cette méfiance est nourrie par les événements récents : depuis que l’administration Trump a unilatéralement quitté l’accord sur le nucléaire en 2018, Téhéran a progressivement relevé le niveau d’enrichissement de son uranium, atteignant désormais 60 %. En réponse, les sanctions américaines ont été rétablies et intensifiées, plongeant le pays dans une crise économique étouffante.
Pourtant, dans les prêches du vendredi, certains religieux font preuve d’un pragmatisme inattendu. Des extraits des livres de Donald Trump, notamment L’art de la négociation, sont parfois cités pour illustrer l’importance de la stratégie dans le rapport de force. Un clin d’œil audacieux qui traduit une volonté de tirer parti des outils de l’adversaire pour mieux le comprendre – et le contrer.
À Qom, cette ambiguïté entre résistance idéologique et nécessité économique reflète les dilemmes profonds du régime. Le Guide suprême, tout en maintenant une ligne dure, laisse entrevoir des ouvertures tactiques. Mais sur le terrain, dans les mosquées comme dans les écoles théologiques, le débat reste vif. Et l’avenir incertain.
















