Par René DOKOU, le 03 Juin 2025
(IMPARTIAL ACTU)- Du 2 au 4 juin 2025, Lomé, la capitale togolaise, accueille un événement majeur pour l’avenir de la sous-région ouest-africaine : le Symposium de la CEDEAO sur la sécurité humaine et les mécanismes d’alerte précoce. Organisé dans le cadre du cinquantenaire de la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest, ce rendez-vous réunit des experts de haut niveau, des représentants des États membres, des acteurs de la société civile, ainsi que des partenaires techniques et institutionnels.
Un rendez-vous stratégique pour les 50 ans de la CEDEAO
L’ouverture officielle des travaux a été présidée par Son Excellence l’Ambassadeur Calixte Batossie Madjoulba, ministre de la Sécurité et de la Protection civile du Togo, aux côtés de Madame Damtien Tchintchibidja, vice-présidente de la Commission de la CEDEAO. Cette cérémonie solennelle a vu la participation de nombreuses personnalités régionales et internationales, notamment l’Envoyé spécial de la CEDEAO pour la lutte contre le terrorisme et des représentants de l’UNOWAS, du WANEP et des centres nationaux d’alerte précoce.
Dix années de surveillance proactive passées au crible
Le principal objectif de ce symposium est de tirer les enseignements de dix ans de mise en œuvre du Mécanisme national d’Alerte précoce et de réponse rapide, un outil central dans l’architecture de paix et de sécurité de la CEDEAO. Depuis sa création sur la base du Traité révisé de 1993 et du Protocole de 1999, ce mécanisme est devenu un levier crucial de prévention des conflits et de gestion des crises.
Dr Onyinye Onwuka, directrice par intérim de l’Alerte précoce à la Commission de la CEDEAO, a exposé le fonctionnement du système : huit centres nationaux sont opérationnels à ce jour, avec quatre autres en cours de création. Grâce à ECOWARN, la plateforme de collecte de données, 55 indicateurs régionaux sont régulièrement suivis, couvrant des domaines aussi variés que la gouvernance, la criminalité, la santé ou encore l’environnement.
Entre 2022 et 2025, plus de 54 000 rapports d’événements et près de 6 000 rapports de situation liés à la sécurité humaine ont été enregistrés, selon les chiffres avancés. Ces données ont permis à la CEDEAO d’intervenir plus rapidement dans des contextes de crises émergentes, renforçant ainsi sa capacité d’anticipation.
Vers une sécurité centrée sur l’humain
Dans son allocution, la Vice-Présidente Damtien Tchintchibidja a salué les avancées réalisées, tout en insistant sur la nécessité d’un changement de paradigme. « Il est temps de passer d’une approche descendante à une approche centrée sur les communautés », a-t-elle affirmé. Pour elle, l’efficacité du mécanisme repose désormais sur l’appropriation locale, la participation citoyenne et l’intégration de la dimension genre dans les politiques sécuritaires.
Elle a également remercié le Togo pour son rôle actif dans l’intégration régionale, saluant l’hospitalité du président Faure Essozimna Gnassingbé et l’engagement constant des autorités togolaises.
Le ministre Madjoulba : “l’alerte précoce, une promesse de vie”
Prenant la parole pour lancer officiellement les travaux, le ministre Calixte Batossie Madjoulba a rappelé la portée humaine du mécanisme d’alerte précoce. « Il ne s’agit pas simplement d’un dispositif technique, mais d’une promesse : celle de ne plus jamais être pris de court par la violence ou la catastrophe », a-t-il déclaré. Il a insisté sur une conception globale de la sécurité humaine, englobant les dimensions personnelle, alimentaire, sanitaire, économique, environnementale et politique.
Son message a été un appel fort à la solidarité régionale, à la responsabilité collective, et à l’anticipation active : « Bâtissons une CEDEAO capable de prévenir les crises, pour une Afrique de l’Ouest pacifique, solidaire et tournée vers un avenir meilleur. »
Objectifs futurs : une nouvelle feuille de route pour 2035
Les discussions, réparties sur trois jours, porteront notamment sur : (I) l’évaluation des performances des centres nationaux d’alerte, (II) l’analyse des cadres juridiques et institutionnels existants, (III) la formulation de recommandations concrètes pour les dix prochaines années et IV) l’élaboration d’une stratégie régionale en matière de sécurité humaine.
Ce symposium se veut également un espace d’échange d’expériences entre États membres, afin de renforcer les bonnes pratiques et corriger les insuffisances observées.
Les conclusions des travaux aboutiront à une déclaration de Lomé, qui servira de base à une vision commune pour l’avenir du mécanisme d’alerte de la CEDEAO. Un accent particulier sera mis sur la résilience des communautés face aux multiples défis sécuritaires (terrorisme, criminalité transfrontalière, changement climatique, instabilité politique, etc.).
Une synergie d’acteurs pour une sécurité durable
La présence de partenaires comme UNOWAS (Bureau des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel), WANEP (Réseau ouest-africain pour l’édification de la paix), et d’organisations de la société civile, démontre l’importance d’une approche inclusive et multisectorielle.
Les experts soulignent l’importance de renforcer les capacités nationales, de soutenir l’interopérabilité des systèmes d’alerte, et de développer des outils technologiques innovants pour améliorer la rapidité de la réponse.
Une CEDEAO en alerte, mais résolument tournée vers l’action
À l’issue de ces trois jours de concertation, Lomé deviendra le point de départ d’un renouveau stratégique en matière de sécurité humaine dans la région. Alors que la CEDEAO célèbre ses 50 ans, le défi est clair : transformer l’alerte en action, la prévention en solution, et la solidarité en force collective.
Le Symposium de Lomé marque une étape essentielle dans cette dynamique, en rassemblant la voix des États, des peuples et des partenaires autour d’un même objectif : garantir la paix, la sécurité et la dignité humaine à chaque citoyen ouest-africain.
















