Karité : la campagne de commercialisation 2026-2027 lancée à Kara

0
50

Par René DOKOU, le 06 Octobre 2026

(IMPARTIAL ACTU)- Les producteurs de karité savent désormais à quoi s’en tenir. Pour la campagne 2026-2027, le prix minimal d’achat des noix est établi à 300 FCFA le kilogramme, livré bord champ. Ce seuil vise à protéger les revenus des cueilleuses et des paysans face aux fluctuations du marché et aux pratiques d’achat opaques qui ont parfois pénalisé le secteur.

Un prix de référence garanti aux producteurs

Prix plancher fixé à 300 FCFA le kilogramme, priorité aux transformateurs locaux, traçabilité des paiements : la filière togolaise du karité entre dans une nouvelle campagne avec des règles communes.

Cette référence tarifaire figure dans l’accord signé à Kara, en fin de semaine dernière, lors du lancement officiel de la saison de commercialisation. La cérémonie a réuni les composantes du Conseil interprofessionnel de la filière karité du Togo (CIFKAT), qui ont paraphé un document destiné à encadrer les échanges tout au long de la campagne.

Une production nationale de 45 000 tonnes

Le Togo produit environ 45 000 tonnes de noix brutes de karité par an. Ce volume place la filière parmi les activités agricoles structurantes des zones rurales, en particulier dans le nord du pays, où l’arbre à karité fait partie intégrante du paysage et de l’économie des familles.

Sur ce total, les unités nationales de transformation ont besoin de 31 000 tonnes pour fonctionner. Le reste, soit un excédent d’environ 14 000 tonnes, peut alimenter les marchés extérieurs.

Les transformateurs locaux servis en premier

C’est l’un des points forts de l’accord : une période moratoire est instaurée. Pendant ce laps de temps, les usines et ateliers installés au Togo pourront acheter la matière première avant toute exportation. Les volumes dépassant les besoins nationaux seront ensuite orientés vers l’étranger.

Le mécanisme répond à une préoccupation ancienne : éviter que les noix quittent le territoire à l’état brut, au détriment de l’industrie nationale. Garantir l’approvisionnement des transformateurs, c’est préserver les emplois, encourager l’investissement et conserver sur place une plus grande part de la valeur créée.

Traçabilité, contribution et contrôle qualité

Le prix plancher n’est pas la seule disposition retenue. Le dispositif prévoit :

la traçabilité des paiements, pour sécuriser les transactions et s’assurer que les producteurs perçoivent ce qui leur est dû ;
une contribution interprofessionnelle, qui doit financer la structuration de la filière et le fonctionnement de ses organes ;
un contrôle de la qualité des noix, condition d’une meilleure valorisation sur les marchés ;
la formation des acteurs, afin de diffuser les bonnes pratiques de la cueillette au stockage.

Ensemble, ces mesures dessinent un cadre plus lisible et plus équitable, où chaque maillon, du producteur à l’exportateur, connaît ses droits et ses obligations.

Préserver la ressource : un défi permanent

L’organisation du marché ne suffit pas si la matière première vient à manquer. Le gouvernement en a conscience et entend poursuivre les actions de sauvegarde du parc à karité. Il compte aussi intensifier le reboisement dans les zones de production.

L’enjeu est de taille. L’arbre à karité pousse lentement et n’entre en production qu’après de longues années. Chaque sujet abattu ou négligé représente donc une perte difficile à compenser à court terme. La pérennité de la filière dépend de la protection du patrimoine existant et de la plantation de nouveaux arbres.

Une saison pour moderniser la filière

Pour les professionnels du secteur, la campagne qui s’ouvre est une opportunité à saisir. Elle doit permettre de consolider les bonnes pratiques, d’améliorer la qualité des noix, de faciliter l’accès au crédit et de moderniser les équipements de transformation.

Ces orientations convergent vers un même objectif : accroître la valeur ajoutée créée localement et relever les revenus des milliers de ménages qui vivent du karité. Dans un contexte où la transformation sur place est devenue un mot d’ordre pour les économies africaines, la filière togolaise entend faire valoir ses atouts.

Un arbre aux multiples usages

Au-delà de son poids économique, le karité occupe une place essentielle dans la vie de nombreuses communautés rurales d’Afrique de l’Ouest. Le fruit, une fois transformé en beurre, sert dans l’alimentation, entre dans la fabrication de produits cosmétiques et intervient dans la pharmacopée traditionnelle.

Cette polyvalence explique l’intérêt croissant que lui portent les industriels, ici comme à l’international. Elle rappelle aussi que derrière chaque kilogramme de noix se trouvent des savoir-faire transmis de génération en génération, souvent par des femmes.

Une campagne à suivre de près

Avec l’accord de Kara, les acteurs de la filière disposent d’un socle commun pour la saison 2026-2027. Reste à l’appliquer : le respect du prix plancher, l’effectivité de la période moratoire et la rigueur du suivi des paiements seront les véritables tests de cette nouvelle campagne. De leur mise en œuvre dépendra la capacité du karité togolais à devenir un levier durable de développement rural.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici