APMTAO 2026 : l’Afrique récompense les praticiens de la médecine traditionnelle 

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Par René DOKOU, le 30 Août 2026

(IMPARTIAL ACTU)- Lomé a vibré vendredi 28 août 2026, au rythme d’une cérémonie qui dépasse le simple hommage. Dans l’auditorium de l’Université de Lomé, praticiens, chercheurs, universitaires et responsables institutionnels venus du Togo, du Ghana, du Nigeria et du Bénin se sont retrouvés pour célébrer la première édition des Awards des Praticiens de la Médecine Traditionnelle de l’Afrique de l’Ouest (APMTAO). Au total 140 acteurs dont 128 praticiens de la médecine traditionnelle ont été distingués au cours de cette cérémonie.

Plus qu’une distinction honorifique, l’événement a marqué une étape décisive : celle d’une médecine traditionnelle africaine qui entend se réinventer, se professionnaliser et s’imposer comme un pilier de la souveraineté sanitaire du continent.

Le président de l’APMTAO, Bedi Djinekou Senam, a donné le ton en rappelant que la reconnaissance accordée aux praticiens ne saurait être un simple diplôme de prestige. Elle engage, selon lui, une responsabilité accrue : « Avant, on peut excuser leurs fautes, mais après, ils ne seront plus excusables », a-t-il martelé. Derrière cette formule, une exigence claire : renforcer les compétences, bannir les dérives et faire de la formation un socle incontournable.

Car les défis sont nombreux. La montée des fausses informations sur les réseaux sociaux, les arnaques et les pratiques frauduleuses fragilisent la confiance des populations. Pour le président de l’APMTAO, il est urgent de distinguer les acteurs sérieux des imposteurs, afin que la médecine traditionnelle ne soit pas discréditée par des dérives dangereuses.

Mais au-delà de l’éthique, c’est une vision économique et stratégique qui se dessine. Bedi Djinekou Senam plaide pour l’émergence d’industries africaines capables de produire des médicaments traditionnels améliorés. Une telle dynamique, estime-t-il, pourrait générer des emplois, renforcer la souveraineté sanitaire et réduire la dépendance aux importations pharmaceutiques. « Celui qui tient la santé d’un peuple tient la clé de son développement », a-t-il insisté, rappelant que le projet des APMTAO a été financé à 97 % par les contributions des membres eux-mêmes — preuve que l’Afrique peut porter ses propres initiatives.

Le Professeur Batawila Komlan, premier vice-président de l’Université de Lomé, a salué une initiative qui dépasse le cadre d’une simple remise de prix. Pour lui, la cérémonie traduit une volonté commune de bâtir une coopération régionale autour de la santé et de la valorisation des savoirs africains. Il appelle à dépasser l’opposition stérile entre médecine moderne et médecine traditionnelle. L’enjeu, selon lui, est désormais de documenter les savoirs ancestraux, de les étudier scientifiquement et, lorsque les preuves le permettent, de les intégrer dans les politiques publiques de santé.

L’Université de Lomé entend jouer un rôle moteur dans ce dialogue. La recherche, souligne Batawila Komlan, peut identifier les principes actifs des plantes médicinales, évaluer leur efficacité et leur innocuité, et ouvrir la voie à une valorisation scientifique des ressources thérapeutiques africaines. Il plaide également pour la création de réseaux régionaux de recherche, afin que les frontières ne soient plus des barrières à la connaissance.

Au nom du ministère de la Santé, le Dr Malou Koboyo, chef de la Division de la médecine et de la pharmacopée traditionnelles, a réaffirmé l’importance accordée par les pouvoirs publics à ce patrimoine thérapeutique. Mais il a aussi rappelé que la préservation des savoirs ne suffit plus. La priorité doit désormais être la documentation, l’évaluation scientifique et l’encadrement réglementaire. La protection du patient reste la ligne rouge, au-delà des débats entre tradition et modernité.

De toutes les interventions, un même message s’est imposé : la reconnaissance des praticiens n’est pas une fin en soi. Elle doit être le point de départ d’une nouvelle étape fondée sur la formation, la recherche, la qualité et l’éthique. Les APMTAO veulent ainsi contribuer à l’émergence d’une médecine traditionnelle africaine capable de préserver ses racines tout en répondant aux exigences contemporaines de santé publique.

La cérémonie de Lomé aura servi de tribune pour rappeler que l’Afrique dispose d’un patrimoine thérapeutique considérable. Reste désormais à le documenter, le protéger et le transformer en solutions sûres et adaptées aux besoins des populations. En honorant les praticiens, les APMTAO ont voulu célébrer la mémoire thérapeutique du continent, tout en ouvrant une réflexion sur son avenir.

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