Par René DOKOU, le 29 Juillet 2026
(IMPARTIAL ACTU)- Pendant trois jours, du 27 au 29 juillet 2026, Lomé a accueilli une table ronde francophone consacrée au financement de la santé. Ministères de la Santé et des Finances, institutions régionales, parlementaires, société civile et partenaires techniques se sont réunis pour réfléchir aux moyens de bâtir un financement équitable, souverain et pérenne. Les discussions ont mis en lumière l’urgence d’une transition vers des ressources domestiques plus solides et mieux utilisées.
Leçons des expériences nationales
Les échanges ont montré que les dialogues nationaux sont devenus des instruments essentiels pour renforcer le leadership politique et l’appropriation des réformes. Le Bénin, le Burkina Faso, le Burundi, la Côte d’Ivoire, le Sénégal et le Togo ont démontré l’efficacité de ces concertations lorsqu’elles débouchent sur des plans chiffrés et des mécanismes de suivi. D’autres pays, comme le Cameroun, Djibouti, le Gabon et la Guinée, ont insisté sur l’importance d’impliquer dès le départ les ministères des Finances et de la Santé, en s’appuyant sur des données probantes pour orienter les décisions.
Ressources domestiques et financements innovants
La contraction des financements extérieurs impose de mobiliser davantage de ressources internes. Les participants ont rappelé que la santé doit être considérée comme un investissement stratégique dans le capital humain et la cohésion sociale. La Responsabilité sociétale des entreprises, bien qu’elle ne puisse remplacer l’effort budgétaire public, peut compléter et diversifier les financements. La conversion de la dette en investissements pour la santé, via le mécanisme Debt2Health, a été saluée comme une option innovante, à condition qu’elle repose sur une forte appropriation nationale et un cadre de gouvernance crédible.
Gouvernance et redevabilité
Sans transparence ni contrôle, les promesses politiques risquent de rester lettre morte. Les parlementaires doivent être mieux outillés pour examiner et amender les budgets de santé, tandis que la société civile doit renforcer la production de données indépendantes et le suivi citoyen. La redevabilité est apparue comme un levier central pour transformer les engagements en résultats concrets.
Alignement budgétaire et efficacité
Les difficultés de financement ne tiennent pas seulement au manque de ressources, mais aussi à des procédures budgétaires lourdes et à un dialogue institutionnel insuffisant. Les participants ont plaidé pour une meilleure articulation entre planification et budgétisation, une exécution plus rapide des crédits, la digitalisation de la chaîne de dépense et un contrôle orienté vers les résultats. L’efficacité et la transparence doivent devenir des priorités pour garantir que chaque franc investi produise un impact réel sur la santé des populations.
Transition vers la souveraineté sanitaire
L’aide extérieure a joué un rôle déterminant dans la construction des systèmes de santé africains, mais elle ne peut être considérée comme illimitée. La transition vers un financement domestique accru est désormais incontournable. Elle doit être progressive, concertée et prévisible, afin d’éviter toute rupture dans les services essentiels. Les partenaires ont été invités à aligner leurs appuis sur les priorités nationales et à anticiper les calendriers de transition avec les gouvernements.
Recommandations stratégiques
Les travaux ont abouti à une série de recommandations fortes. Les États sont appelés à renforcer l’engagement politique au plus haut niveau, à institutionnaliser les dialogues nationaux et à élaborer des plans de renforcement des capacités en gestion des finances publiques appliquées à la santé. L’accroissement de l’espace budgétaire doit s’accompagner d’une amélioration de l’efficience et de la transparence. La digitalisation de la chaîne budgétaire est considérée comme un outil indispensable pour accélérer l’exécution et garantir la traçabilité des ressources. Les pays souhaitant convertir une partie de leur dette en investissements pour la santé sont invités à engager un dialogue structuré avec le Fonds mondial. Les organisations sous-régionales, quant à elles, doivent jouer un rôle accru dans l’accompagnement des États, la capitalisation des expériences et la promotion des bonnes pratiques.
Coopération régionale et plaidoyer citoyen
La coopération régionale est apparue comme un levier majeur pour mutualiser l’assistance technique et accélérer l’adaptation des bonnes pratiques. Les Parlements et la société civile ont été encouragés à intensifier leur action à travers l’analyse budgétaire, le suivi citoyen et le plaidoyer fondé sur des données probantes. La production de données indépendantes et le contrôle de l’exécution budgétaire sont essentiels pour renforcer la confiance et garantir des résultats tangibles.
Des engagements aux réformes
La table ronde de Lomé a réaffirmé que la souveraineté sanitaire de l’Afrique repose sur la capacité des États à mobiliser durablement des ressources nationales et à les utiliser de manière efficiente et transparente. Les participants ont appelé à franchir une nouvelle étape : passer des engagements aux réformes, des recommandations aux actions, et des ressources mobilisées à des résultats sanitaires mesurables.
L’avenir des systèmes de santé africains se joue dans l’intervalle entre la réduction des financements extérieurs et la montée en puissance des ressources domestiques. Cet intervalle doit être planifié, sécurisé et géré collectivement.
———————————————————————————————-
LIRE LA SYNTHESE FINALE DE LA TABLE RONDE SUR LE FINANCEMENT DE LA SANTÉ EN AFRIQUE FRANCOPHONE
« Opérationnalisation de la Déclaration ALM : enseignements, défis et leviers innovants pour un financement durable de la santé. »
Du 27 au 29 juillet 2026, des représentants des ministères chargés de la Santé, des Finances, des institutions continentales et sous-régionales, des partenaires techniques et financiers, des parlementaires, de la société civile et des experts se sont réunis à Lomé pour examiner les conditions d’un financement durable, souverain et équitable de la santé en Afrique francophone. Une attention particulière a été accordée à la gestion des finances publiques et les mécanismes de financement innovants tel que les financements du secteur privé y compris les ressources RSE et Debt2Health (échange dette-santé) qui permet d’envisager la conversion d’une partie de la dette en investissements en faveur de la santé.
1. PRINCIPAUX CONSTATS ET ENSEIGNEMENTS
Les participants ont souligné que la contraction des financements extérieurs impose d’accélérer la mobilisation de ressources domestiques prévisibles et pérennes. Le financement de la santé doit être reconnu comme un investissement stratégique dans le capital humain, la résilience économique et la cohésion sociale.
Les expériences du Bénin, du Burkina Faso, du Burundi, de la Côte d’Ivoire, du Sénégal et du Togo ont confirmé l’utilité des dialogues nationaux pour renforcer le leadership politique, la coordination interministérielle et l’appropriation des réformes. Pour produire des résultats, ces dialogues doivent déboucher sur des plans d’action chiffrés, des responsabilités clairement établies et un mécanisme permanent de suivi. Les pays souhaitant engager ou approfondir ce processus, notamment le Cameroun, Djibouti, le Gabon et la Guinée, ont insisté sur l’implication précoce des ministères des Finances et Santé et sur l’utilisation de données probantes pour prendre des décisions
Les travaux ont également montré que la mobilisation de ressources supplémentaires doit aller de pair avec une amélioration de l’efficience, de la transparence et de la redevabilité. L’alignement de la gestion des finances publiques sur les priorités sanitaires exige une meilleure articulation entre planification et budgétisation, une exécution plus rapide des crédits, la digitalisation de la chaîne de la dépense, un suivi régulier des performances et un contrôle davantage orienté vers les résultats.
Le Parlement et la société civile ont été reconnus comme des acteurs essentiels du plaidoyer budgétaire et du contrôle des engagements. Les parlementaires doivent être mieux outillés pour examiner, amender et contrôler les budgets de santé, tandis que les organisations de la société civile doivent renforcer la production de données indépendantes, le suivi citoyen et la transformation des constats de terrain en propositions de réforme.
Enfin, la transition vers un financement domestique accru doit être progressive, concertée et prévisible, afin d’éviter toute rupture dans les services essentiels. Les partenaires sont invités à aligner leurs appuis sur les priorités nationales, à renforcer les systèmes publics et à anticiper les calendriers de transition avec les gouvernements.
2. MESSAGES CLÉS À RETENIR
Thème 1 — Dialogues nationaux sur le financement de la santé
Les échanges ont confirmé que le dialogue national sur le financement de la santé n’est pas un événement ponctuel, mais le point de départ d’un processus de réforme. Sa réussite dépend autant de la qualité technique des recommandations que de la solidité des alliances politiques et institutionnelles construites autour de leur mise en œuvre. Ces alliances doivent être identifiées, renforcées et pérennisées afin de produire des résultats durables et d’accélérer les progrès vers la couverture sanitaire universelle.
Thème 2 — Mobilisation des ressources domestiques et financements innovants
Accroissement de l’espace budgétaire
Il n’existe pas de formule universelle pour accroître l’espace budgétaire consacré à la santé. Les expériences partagées font toutefois ressortir trois conditions essentielles : une volonté politique affirmée, un ministère de la Santé capable de soutenir son plaidoyer par des données probantes et de dialoguer dans le langage du ministère des Finances, ainsi que des mécanismes institutionnels permettant de rendre les engagements traçables, suivis et durables.
Responsabilité sociétale des entreprises
La dépendance au financement extérieur n’est pas une fatalité. Elle traduit également une mobilisation encore insuffisante des ressources et des opportunités disponibles au sein de nos économies. La Responsabilité sociétale des entreprises ne remplacera jamais l’effort budgétaire public, mais elle peut utilement le compléter, le diversifier et le renforcer. L’enjeu n’est donc plus de savoir si la RSE peut contribuer au financement de la santé, mais de déterminer les mécanismes permettant de structurer, de canaliser et d’aligner durablement ces ressources sur les priorités nationales.
Conversion de la dette en investissements pour la santé
La conversion d’une partie de la dette en investissements en faveur de la santé constitue une option innovante pour accroître les ressources nationales. Le mécanisme ne se substitue pas à l’effort budgétaire de l’État ; il le complète en transformant une obligation financière en investissement stratégique pour la santé. Sa mise en œuvre exige toutefois une forte appropriation nationale, un cadre de gouvernance crédible et un dialogue structuré avec les créanciers et le Fonds mondial.
Thème 3 — Alignement de la gestion des finances publiques avec les priorités de santé
Les échanges ont confirmé que les difficultés de financement de la santé ne résultent pas uniquement de l’insuffisance des ressources. Elles tiennent également au faible dialogue entre les institutions, à des procédures qui ralentissent ou paralysent l’exécution budgétaire et à des systèmes de contrôle davantage centrés sur la régularité formelle que sur l’efficacité réelle de la dépense. Réformer la gestion des finances publiques au service de la santé suppose donc de renforcer les relations entre les acteurs qui détiennent les leviers budgétaires et ceux qui sont responsables des résultats sanitaires. Ce chantier est à la fois technique, institutionnel et politique.
Thème 4 — Gouvernance, plaidoyer et redevabilité
Sans gouvernance solide et sans redevabilité, le plaidoyer pour la santé risque de demeurer un exercice de rhétorique. C’est la capacité à documenter les besoins, à suivre les engagements, à mesurer les résultats et à rendre compte, chiffres à l’appui, qui permet de transformer une promesse politique en allocation budgétaire durable et en résultats concrets pour les populations.
Thème 5 — Durabilité et transition du financement de la santé
L’aide extérieure a contribué de manière déterminante à la construction et au renforcement des systèmes de santé africains, mais elle ne peut être considérée comme indéfiniment disponible. La transition vers un financement domestique plus important n’est donc plus une option, mais une réalité que les pays doivent anticiper et conduire. Elle doit reposer sur des engagements mutuels, prévisibles et respectés, ainsi que sur une responsabilité partagée entre les États et leurs partenaires. L’avenir de nos systèmes de santé se joue précisément dans l’intervalle entre la réduction des financements extérieurs et la montée en puissance effective des ressources domestiques ; cet intervalle doit être planifié, sécurisé et géré collectivement.
3- RECOMMANDATIONS
Au terme des travaux, les participants ont formulé les recommandations suivantes :
1. Renforcer l’engagement et la responsabilisation politique au plus haut niveau afin de faire du financement de la santé une priorité nationale et de consolider le dialogue entre les ministères chargés de la Santé et des Finances.
2. Institutionnaliser les dialogues nationaux sur le financement de la santé en les assortissant de plans d’action chiffrés, de calendriers, d’indicateurs, de responsabilités clairement définies et de mécanismes permanents de suivi.
3. Élaborer et mettre en œuvre, dans chaque pays, un plan de renforcement des capacités en matière de gestion des finances publiques appliquée au secteur de la santé afin d’améliorer la planification et l’exécution budgétaires, le suivi et le contrôle des dépenses, ainsi que l’efficacité, la transparence et la redevabilité dans le financement de la santé.
4. Accroître progressivement l’espace budgétaire consacré à la santé tout en améliorant l’efficience, l’équité, la qualité de la dépense et la transparence dans l’utilisation des ressources disponibles.
5. Renforcer la digitalisation de la chaîne budgétaire, comptable et de suivi afin d’améliorer la célérité de l’exécution, la traçabilité des ressources, la disponibilité des données et le pilotage fondé sur les résultats.
6. Inviter les pays souhaitant convertir une partie de leur dette en investissements en faveur de la santé, à adresser au préalable une manifestation d’intérêt au Fonds mondial afin d’engager le processus d’examen de cette option et, le cas échéant, de bénéficier d’un accompagnement pour l’étude de faisabilité et sa mise en œuvre.
7. Inviter les organisations sous-régionales à accompagner les pays dans l’identification, la conception et la mise en place de mécanismes de mobilisation des ressources issues de la Responsabilité sociétale des entreprises afin de structurer, canaliser et renforcer ces ressources au profit du financement de la santé, en cohérence avec les priorités nationales.
8. Confier aux organisations sous-régionales un rôle accru dans la promotion et l’accompagnement des dialogues nationaux sur le financement de la santé ainsi que dans la capitalisation des expériences et le suivi de la mise en œuvre des engagements pris par les États.
9. Renforcer l’action des Parlements et de la société civile à travers l’analyse budgétaire, le contrôle de l’exécution, la production de données indépendantes, le suivi citoyen et le plaidoyer fondé sur des données probantes.
10. Développer la coopération régionale et capitaliser les expériences des pays les plus avancés afin de mutualiser l’assistance technique, de partager les outils et d’accélérer l’adaptation des bonnes pratiques en matière de financement durable de la santé.
11. Renforcer les mécanismes nationaux de suivi-coordination et redevabilité avec les tableaux de bord intégrés et de rapportage périodique sur les progrès réalisés et les défis
Conclusion
Les participants ont réaffirmé que la souveraineté sanitaire de l’Afrique repose sur la capacité des États à mobiliser durablement des ressources nationales et à les utiliser de manière efficiente, équitable et transparente. Ils ont appelé à accélérer les réformes de gestion des finances publiques, à développer des mécanismes innovants (notamment la conversion de dette en investissements pour la santé) et à renforcer la coopération entre gouvernements, institutions régionales, partenaires, Parlements, secteur privé et société civile.
La Table ronde a invité l’ensemble des parties prenantes à franchir une nouvelle étape : passer des engagements aux actions, des recommandations aux réformes et des ressources mobilisées à des résultats sanitaires mesurables pour les populations africaines.
Fait à Lomé, le 29 juillet 2026
















