Par René DOKOU, le 29 Juillet 2026
(IMPARTIAL ACTU)- La table ronde sur le financement de la santé en Afrique francophone, ouverte le 27 juillet 2026 à Lomé par Dr Melchior Athanase Joël Aïssi, Directeur général de l’Organisation Ouest-africaine de la Santé (OOAS), s’est poursuivie mercredi avec un panel de haut niveau.
Réunis autour du thème « Vers une transition réussie : comment les partenaires techniques et financiers peuvent-ils accompagner les priorités nationales et préserver les acquis sanitaires », des experts de l’OMS, de la Banque mondiale, de la Banque africaine de développement (BAD), du Fonds mondial et de l’ONUSIDA ont confronté leurs analyses. La modération a été assurée par Dr Sihaka Tsemo, spécialiste camerounaise en plaidoyer et mobilisation des ressources domestiques.
Leadership national et appropriation des politiques
Dès son introduction, la modératrice a rappelé que la feuille de route 2030 de l’OMS fixe des priorités claires pour l’Afrique : renforcer les systèmes de santé, intensifier la prévention contre le VIH/SIDA, assurer la soutenabilité des financements et aligner les partenaires sur les priorités continentales. Elle a insisté sur la nécessité pour les États de reprendre le contrôle de leurs politiques sanitaires. « Reprendre le leadership, c’est ce que les anglophones appellent putting on the driving seat », a-t-elle illustré, comparant l’accueil des partenaires à celui d’un invité dont la place doit être définie par l’hôte.
Engagements continentaux et mécanismes de suivi
Les États membres de l’Union africaine ont récemment adopté un cadre de suivi et de redevabilité, assorti d’un tableau annuel de performance basé sur des indicateurs convenus. Cette décision traduit la volonté d’aller au-delà des déclarations de sommet pour instaurer des mécanismes concrets. Les partenaires sont invités à inscrire leurs actions dans les plans nationaux afin de consolider la relation avec les pays qu’ils accompagnent.
Les défis révélés par la pandémie
Le Dr Samuel Rowe, économiste principal de la santé à la BAD, a rappelé que la pandémie de COVID-19 a mis en lumière la fragilité des systèmes de soins africains. La réduction brutale des financements extérieurs a montré que la transition ne peut être improvisée. Elle doit être planifiée comme un processus de long terme, impliquant des choix budgétaires, politiques et institutionnels. Remplacer un donateur par un autre ne constitue pas une solution viable : il faut investir dans les compétences locales, renforcer les financements domestiques et intégrer les services dans des plateformes durables.
Le rôle du Fonds mondial
Le Fonds mondial, dépendant des contributions des donateurs, a mis en place un Fonds de Transition Co-financier (FTC) pour accompagner les pays. Entre 2027 et 2029, 61 provinces de 35 pays ont entamé leur transition grâce à ce mécanisme. Dans le cycle suivant, 21 provinces de 12 pays supplémentaires ont franchi cette étape. Ces chiffres illustrent l’importance d’une planification rigoureuse et d’une vision centrée sur les populations.
Vision gouvernementale et appropriation nationale
Tous les intervenants ont souligné que la transition doit être portée par une vision gouvernementale claire. Sans plan directeur, elle reste fragmentée et inefficace. En revanche, lorsqu’un État définit une stratégie, les partenaires peuvent s’y intégrer et renforcer la cohérence des actions. La Banque mondiale et le G8 insistent sur l’intégration et la durabilité, en mettant en place des mécanismes de désengagement progressif.
Cofinancement et mobilisation des ressources
Le cofinancement est une étape clé. Les pays augmentent progressivement leur contribution nationale, ce qui leur permet d’accéder à l’intégralité des allocations prévues. Certains États ont déjà franchi des étapes importantes vers une autonomie accrue. Mais la mobilisation de nouvelles ressources reste cruciale. Les gouvernements explorent des partenariats avec les banques pour développer des mécanismes de prêt adaptés. La question de la dette demeure centrale : il s’agit de trouver des solutions pour la gérer tout en maintenant les investissements sociaux.
Exemple du Nigeria
Lors de la crise du G8, le Nigeria a dû ajuster son budget pour soutenir 28 000 agents de santé. Cette décision illustre la responsabilité ultime des États dans la conduite de la transition, malgré les contraintes financières.
Vers une intégration durable
La transition ne doit pas être subie, mais conduite. Elle implique une responsabilité partagée entre gouvernements, institutions internationales et partenaires techniques. L’OMS rappelle que cette dynamique est incontournable et doit être menée avec rigueur et vision. En définitive, la transition est un chemin vers la durabilité, exigeant des choix courageux, une planification solide et une coopération étroite entre tous les acteurs.
Une table ronde inclusive
Au-delà des débats techniques, la rencontre de Lomé vise à rassembler les ministères de la Santé et des Finances, les experts en financement, les partenaires techniques et financiers ainsi que les organisations de la société civile. L’objectif est de partager et capitaliser les expériences issues des dialogues nationaux sur le financement de la santé menés au Bénin, en Côte d’Ivoire, au Sénégal et au Togo.
















