VIH au Togo : en finir avec la stigmatisation pour mieux protéger

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Par René DOKOU, le 27 Mai 2025

(IMPARTIAL ACTU)- Au Togo, vivre avec le VIH n’est plus synonyme d’exclusion sociale ou de peur constante. Le regard porté sur les personnes vivant avec le VIH (PVVIH) évolue peu à peu, et cette évolution témoigne d’une avancée notable vers une société plus inclusive.

Une société togolaise en mutation

Cette dynamique positive repose sur les efforts conjoints de l’État, d’organismes internationaux comme l’ONUSIDA, et de structures spécialisées telles que l’Observatoire des droits humains et VIH (ODH & VIH), dont le rapport annuel 2024 vient éclairer les progrès.

Des chiffres qui parlent d’eux-mêmes

Le recul de la stigmatisation est tangible : de 419 cas signalés en 2021, le pays est passé à 229 en 2024, soit une diminution de 45 %. Un résultat significatif qui reflète un travail méthodique mené à travers le territoire. Le rapport de l’ODH & VIH, rendu public en mars 2025, fait état d’un recul des moqueries, du rejet social et des atteintes à la confidentialité médicale. Le Grand-Lomé demeure toutefois la région la plus concernée avec 41 % des cas recensés, suivie des Plateaux (17 %) et de la Maritime (13 %).

Les femmes, principales victimes de la stigmatisation

Les chiffres de 2023 montrent une nette surreprésentation des femmes parmi les victimes de stigmatisation : elles représentent 77 % des 276 cas recensés. Les professionnelles du sexe et les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes (HSH) sont également particulièrement vulnérables. Ces données appellent à des actions ciblées, tenant compte des réalités spécifiques de chaque groupe, pour garantir une riposte inclusive et efficace.

Sensibiliser pour changer les mentalités

Pour briser les préjugés, l’ODH & VIH mise sur la proximité. En 2024, plus de 60 000 personnes ont été sensibilisées à travers le pays. Des campagnes ancrées dans les communautés, menées avec tact et pédagogie. L’organisation a également formé 150 personnes ressources aux enjeux de la stigmatisation, de la discrimination et des violences basées sur le genre. En parallèle, 103 prestataires de santé issus de cinq structures sanitaires ont été formés au respect du secret médical et à la gestion éthique des cas sensibles.

Sur les 276 personnes victimes en 2023, 226 cas ont été référés et pris en charge, et 165 ont bénéficié d’un suivi. Ce maillage humain renforce l’impact des interventions.

Les collectivités locales en première ligne

L’action locale est devenue un levier central dans la lutte contre la stigmatisation. En 2023, l’organisation RAS+ a sensibilisé plus de 82 000 personnes, incluant élus locaux, prestataires et responsables de structures de santé. Grâce à ces efforts, 93 élus ont été formés au plaidoyer, et 365 agents de santé ont renforcé leurs connaissances en matière de droits humains. En mai 2025, près de 30 formateurs nationaux spécialisés en VIH et tuberculose ont été déployés pour dispenser des formations intégrant les dimensions genre et droits humains.

Vers une approche durable et humaniste

Le Togo affiche aujourd’hui un taux de prévalence stable autour de 1,6 %, soit environ 105 000 personnes vivant avec le VIH. Parmi elles, 90 000 sont sous traitement antirétroviral, soit un taux de couverture de 86 %. Ces progrès ne peuvent cependant perdurer sans intégrer durablement les droits humains dans la stratégie nationale de santé.

Le gouvernement togolais, conscient de cette réalité, place désormais le respect de la dignité et des droits des PVVIH au cœur de ses politiques. Cette approche humaniste, en plus d’être éthique, constitue un outil de santé publique efficace. Car en protégeant les personnes, on freine aussi la propagation du virus.

Briser le silence, c’est aussi protéger

La lutte contre le VIH ne se gagne pas seulement avec des médicaments, mais aussi avec des mots, des gestes, des choix politiques et sociaux. En faisant reculer la stigmatisation, le Togo prouve qu’il est possible de créer un environnement où vivre avec le VIH ne rime plus avec marginalisation. La bataille n’est pas finie, mais elle avance – et elle est porteuse d’espoir.

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