Par René DOKOU, le 03 Mai 2025
(IMPARTIAL ACTU)- Ce samedi 3 mai 2025 restera une date gravée dans l’histoire politique du Togo. Pour la toute première fois, le Congrès réunissant l’Assemblée nationale et le Sénat s’est prononcé pour élire le président de la République sous le régime de la Ve République. À l’issue d’une séance plénière solennelle, M. Jean Lucien Savi de Tové a été élu à l’unanimité président de la République, dans le cadre d’un scrutin sans suspense, puisqu’il était le seul candidat en lice, présenté par le parti au pouvoir, Union pour la République (Unir).
Un profil consensuel au sommet de l’État
Âgé de 86 ans, M. Savi de Tové n’est pas un novice de la scène politique togolaise. Ancien ministre du Commerce, intellectuel respecté et docteur en sciences politiques formé à la Sorbonne, il est reconnu pour son parcours marqué par le dialogue et la modération. Il a traversé les décennies sans renier ses convictions, participant notamment à la Conférence nationale souveraine de 1991, après avoir été détenu comme prisonnier politique en 1979. Sa nomination est perçue comme un choix symbolique fort, celui d’un homme d’expérience, au-dessus de la mêlée, porteur de mémoire et de valeurs républicaines.
Le président de l’Assemblée nationale, M. Sévon Kodjo Adedze, a rappelé les conditions de recevabilité de sa candidature : « Il est exclusivement de nationalité togolaise de naissance, âgé de plus de 86 ans, en possession de ses droits civils et politiques, et en bonne santé physique et mentale selon les expertises médicales. Il réside sur le territoire national depuis plus de 12 mois ».
Une présidence honorifique, mais symboliquement forte
La réforme constitutionnelle ayant donné naissance à la Ve République a profondément modifié les équilibres institutionnels du Togo. Désormais, le rôle du président de la République est avant tout honorifique. Il incarne l’unité nationale et veille au respect de la Constitution, mais n’intervient plus dans la gestion quotidienne des affaires de l’État. Ce pouvoir exécutif revient désormais au président du Conseil des ministres, désigné comme chef du gouvernement.
Cette nouvelle architecture vise à clarifier les responsabilités tout en favorisant une gouvernance plus parlementaire. En ce sens, le même jour, l’Assemblée nationale a confirmé M. Faure Gnassingbé, chef du parti Unir, comme président du Conseil, concentrant entre ses mains l’autorité gouvernementale et le commandement suprême des Armées.
Un équilibre inédit entre continuité et changement
L’élection de M. Savi de Tové comme premier président de la Ve République marque un équilibre entre rupture et continuité. D’un côté, la volonté d’ouvrir une nouvelle page institutionnelle, avec une séparation plus nette des fonctions symboliques et exécutives. De l’autre, le maintien de figures politiques connues, comme M. Gnassingbé, à des postes stratégiques.
Cette configuration inédite pourrait permettre au Togo de renforcer sa stabilité politique, tout en rassurant les partenaires internationaux et les investisseurs sur la lisibilité du pouvoir. À cet égard, la stature morale du nouveau président, couplée à l’expérience de l’actuel président du Conseil, forme un tandem potentiellement complémentaire.
Un parcours académique et militant exemplaire
Membre fondateur de la Convention des Peuples pour le Progrès (CPP), M. Savi de Tové s’est illustré par son engagement constant en faveur de la démocratie et de l’éthique républicaine. Sa formation en relations internationales et en administration publique à Paris Panthéon-Sorbonne lui confère une solide expertise, qui pourrait être précieuse dans son rôle de garant moral de l’État.
Son éloignement volontaire de la vie politique active ces dernières années a aussi joué en sa faveur, renforçant l’idée d’une présidence au-dessus des querelles partisanes, centrée sur l’unité nationale et la mémoire institutionnelle.
Un avenir institutionnel à surveiller de près
Alors que le pays inaugure ce nouveau modèle de gouvernance, les attentes sont nombreuses. La réussite de cette transition dépendra de la capacité des nouvelles institutions à fonctionner harmonieusement, mais aussi du respect des équilibres entre pouvoir exécutif et symbolique.
Les Togolais, à travers leurs représentants, semblent avoir fait le pari d’un apaisement politique durable, dans un contexte sous-régional souvent instable. Si ce modèle hybride entre parlementarisme et présidence honorifique parvient à s’enraciner, il pourrait inspirer d’autres pays en quête de réformes démocratiques.
Avec l’élection de Jean Lucien Savi de Tové à la présidence de la République, le Togo entre dans une ère nouvelle, celle de la Ve République. Son profil, fait d’expérience, de retenue et d’engagement moral, correspond à la nature honorifique et symbolique de cette fonction redéfinie. Reste désormais à voir comment ce système original trouvera sa place dans le paysage politique togolais et quel rôle réel jouera cette nouvelle présidence dans les mois à venir.
















