Par René DOKOU, le 16 Octobre 2026
(IMPARTIAL ACTU)- Le Président du Conseil, Faure Essozimna Gnassingbé, et le Premier ministre chinois, Li Qiang, ont supervisé, jeudi 15 octobre 2026 à Pékin, la signature de treize accords et mémorandums d’entente. Ce paquet d’instruments donne un contenu concret à la « Communauté d’avenir partagé Chine-Togo à l’ère nouvelle », statut conféré à la relation bilatérale le 13 octobre, soit deux jours plus tôt. Finances, économie, sécurité, commerce, agriculture, formation, médias et coopération décentralisée : le spectre des textes paraphés est large.
Une cérémonie qui traduit un statut politique en actes
En peu de temps, Lomé et Pékin sont
passés de la proclamation d’un cap à la signature de textes. L’élévation des relations au rang de communauté d’avenir partagé aurait pu rester une formule diplomatique. La cérémonie du 15 octobre lui donne une déclinaison sectorielle, avec des engagements là où les attentes sont les plus fortes : dette, échanges commerciaux, débouchés agricoles, capital humain et visibilité médiatique.
La séquence confirme aussi la méthode privilégiée par les deux capitales : un cadre politique de haut niveau, suivi d’accords techniques qui engagent des institutions précises, de l’Office togolais des recettes (OTR) à la Télévision nationale togolaise (TVT), en passant par des collectivités territoriales.
Médias : la TVT au centre d’un double partenariat
La coopération ne s’arrête pas aux dossiers économiques. Deux mémorandums d’entente ont été paraphés dans le domaine audiovisuel. Le premier établit des relations de coopération amicale entre China Media Group (CMG) et la TVT. Le second lie l’Administration nationale chinoise de la radio, du cinéma et de la télévision à la chaîne publique togolaise.
L’objectif affiché est de favoriser les échanges professionnels, le partage d’expériences et le développement d’une collaboration durable entre les institutions audiovisuelles des deux pays. Pour la télévision togolaise, ce double ancrage ouvre des perspectives d’échanges de savoir-faire et de contenus, dans un secteur où les enjeux de formation et de modernisation restent importants.
Soja : un feu vert phytosanitaire pour viser le marché chinois
Sur le front agricole, les deux parties ont signé un protocole d’accord relatif aux exigences phytosanitaires applicables au soja togolais destiné à l’exportation vers la Chine. Ce texte encadre l’accès du produit au marché chinois, dans le respect des normes sanitaires et phytosanitaires en vigueur.
L’enjeu dépasse la simple formalité. Pour qu’une denrée agricole entre sur un marché aussi vaste et exigeant, le préalable est un accord clair sur les conditions sanitaires de son exportation. En posant ce cadre, le protocole ouvre la voie au développement des échanges agricoles et à une meilleure valorisation des productions togolaises sur les marchés internationaux. Il s’agit d’un signal adressé aux producteurs et aux opérateurs de la filière.
Douanes : l’OTR et Pékin misent sur la confiance
Le volet commercial comporte un instrument technique mais stratégique : un protocole d’accord relatif au programme des Opérateurs économiques agréés (OEA), conclu entre l’OTR et l’Administration générale des douanes de Chine.
Ce dispositif repose sur la confiance entre administrations douanières et entreprises reconnues pour leur fiabilité. Il vise à faciliter les échanges commerciaux, à consolider la relation entre les services douaniers et à fluidifier les opérations d’importation et d’exportation. Pour les opérateurs économiques, un tel mécanisme est généralement synonyme de procédures allégées et de délais mieux maîtrisés, deux paramètres déterminants dans la compétitivité des flux.
Industrie, numérique, vert : des chantiers de coopération balisés
Au-delà des textes signés, les deux pays ont convenu de renforcer leur coopération dans les secteurs industriels et les chaînes d’approvisionnement. Ils entendent également approfondir leurs échanges dans le commerce numérique, la coopération économique et commerciale internationale, ainsi que le développement vert.
Ces engagements dessinent un horizon de travail commun autour de la modernisation des échanges, de l’innovation technologique, de la diversification des activités économiques et de la promotion de pratiques de développement plus durables. Ils indiquent la direction que souhaitent prendre les deux partenaires, au-delà du commerce traditionnel de marchandises.
Capital humain et bâtiment diplomatique : deux marqueurs de la relation
Les deux parties ont par ailleurs échangé des notes relatives au projet de construction du bâtiment du ministère togolais des Affaires étrangères. Cette infrastructure, destinée à l’appareil diplomatique du pays, illustre l’ancrage concret de la coopération sino-togolaise.
Un autre mémorandum d’entente prévoit le renforcement de la coopération dans le développement des ressources humaines. Le texte souligne l’importance accordée au partage des compétences et à la valorisation du capital humain, considéré comme un levier de long terme dans la relation bilatérale.
Deux textes déjà signés pendant la visite officielle
Il convient de rappeler que deux autres mémorandums d’entente avaient été conclus au cours de cette visite officielle, avant la cérémonie du 15 octobre. Le premier porte sur la coopération décentralisée entre la province chinoise du Shaanxi et la région togolaise de la Kara. Le second concerne la promotion de la coopération dans le cadre de l’Initiative pour la sécurité mondiale.
Le premier prolonge un rapprochement entre territoires, tandis que le second inscrit la relation dans le registre sécuritaire, un domaine cité parmi les secteurs couverts par l’ensemble des accords.
Dette : un protocole d’annulation partielle, mesure la plus attendue
Parmi les textes signés, c’est probablement celui qui parle le plus directement aux finances publiques : un protocole d’accord relatif à l’annulation partielle de la dette togolaise. Cette mesure contribue à alléger les engagements financiers du Togo et s’inscrit dans le cadre des relations de coopération économique et financière entre les deux pays.
Dans un contexte où la gestion de la dette demeure un enjeu pour de nombreux États, la portée d’un tel geste est double. Sur le plan budgétaire, il réduit le poids des obligations à honorer. Sur le plan politique, il atteste du niveau de confiance qui s’est installé entre les deux gouvernements.
Une diplomatie de partenariats au service du Togo
L’ensemble de ces engagements illustre la portée de l’action diplomatique conduite par le Président du Conseil, Faure Essozimna Gnassingbé. Celui-ci s’attache à consolider les partenariats internationaux du Togo et à les inscrire dans une dynamique de coopération mutuellement bénéfique.
Reste désormais l’étape de la mise en œuvre. C’est elle qui déterminera la portée réelle de ces textes : application des protocoles douaniers et phytosanitaires, déploiement des échanges entre institutions, concrétisation des projets de coopération. À Pékin, le cadre a été posé ; l’essentiel se jouera dans les mois à venir.
















