Par René DOKOU, le 28 Septembre 2026
(IMPARTIAL ACTU)- Sommées de quitter la devanture du marché dans le cadre de l’assainissement du littoral, des centaines de femmes cheffes de ménage demandent un dialogue avec l’EPAM et une clarification des responsabilités entre l’établissement et la Mairie de Golf 4.
Le 16 septembre 2026, une notification de l’Établissement Public Autonome pour l’Exploitation des Marchés de Lomé (EPAM) a bouleversé le quotidien des membres de l’Association des Revendeuses de la Devanture du Marché Abattoir (ARDMA). Le document leur enjoignait de libérer les lieux avant le 25 septembre, au titre de l’opération gouvernementale de libération du littoral. Neuf jours pour plier bagage, sans aucune garantie d’un point de chute : le délai a pris de court ces commerçantes, dont l’activité dépend entièrement de leur emplacement.
Une adhésion de principe, une méthode contestée
L’association tient d’emblée à lever toute ambiguïté. Elle ne remet pas en cause la politique d’aménagement et de modernisation inscrite dans la feuille de route gouvernementale 2026-2031, à laquelle elle affirme adhérer pleinement. Sa critique vise la manière de faire : un calendrier jugé intenable, l’absence de solution de relogement et le silence persistant de la direction de l’EPAM face à ses sollicitations.
Les responsables de l’ARDMA rappellent que leurs membres ne réclament aucun traitement de faveur. Elles demandent que la transformation de la ville se fasse avec celles qu’elle touche directement, et non contre elles.
Des contribuables en règle, sans local de repli
Installées depuis six ans à l’entrée du marché, ces vendeuses écoulent en plein air des produits maraîchers et vivriers : pommes de terre, oignons, carottes, laitues, mangues, raisins. Aucune ne possède de boutique ni d’espace de stockage. Leur étal est leur seul outil de travail, et la nature périssable de leurs marchandises rend tout déplacement improvisé particulièrement risqué.
Chaque jour, pourtant, elles acquittent tout ce qu’on exige d’elles : tickets de déchargement, tickets journaliers d’emplacement et impôts versés à l’Office Togolais des Recettes (OTR). L’association insiste sur ce point. Ces femmes ne sont ni des occupantes clandestines ni des contrevenantes, mais des usagères et des contribuables à jour de leurs obligations, installées dans un espace dont la gouvernance demeure floue.
Le parking, source d’une confusion durable
À ce contexte s’ajoute un différend moins visible mais tout aussi pénalisant. La gestion du parking du marché semble disputée entre la mairie de la commune Golf 4 et l’EPAM, sans qu’il soit clairement établi laquelle des deux institutions détient la compétence. Les personnes chargées du parking se retrouvent tiraillées entre des consignes parfois contradictoires, selon l’autorité qui se présente à elles.
Pour l’ARDMA, cette situation illustre un problème de fond. Quand les administrations elles-mêmes ne s’accordent pas sur le partage de leurs attributions, ce sont les commerçantes et les usagers qui en subissent les conséquences, dans une incertitude constante sur leurs droits comme sur leurs devoirs. L’association juge dès lors difficile d’imposer un départ précipité au nom d’un conflit de compétences que ces femmes n’ont pas provoqué et dont elles ne sont aucunement responsables.
Un scénario qui n’a rien d’inédit
Ce n’est pas la première fois que ces revendeuses affrontent une telle épreuve. Voilà environ trois ans, elles avaient déjà été chassées de leur emplacement par la Direction Générale de la Promotion Agricole (DGPA), sans qu’aucune solution de remplacement ne leur soit offerte. Le souvenir de cet épisode nourrit aujourd’hui leur inquiétude.
Depuis, l’association affirme avoir adressé plus de cinq demandes d’audience à la Direction Générale de l’EPAM, sans jamais obtenir de rencontre. Plusieurs membres rapportent en outre que la Directrice du marché aurait tenu, à l’égard de certaines d’entre elles, des propos intimidants dès lors qu’elles évoquaient la possibilité de contester la mesure. Ces paroles ont installé la crainte de représailles ou de poursuites pour le seul fait de vouloir s’exprimer.
Les revendeuses dénoncent également ce qu’elles perçoivent comme une inégalité dans la distribution des places. Selon elles, plus de 90 % des emplacements du marché seraient attribués à des opérateurs étrangers, au détriment de commerçantes togolaises établies depuis des années. Invitées, disent-elles, à porter leurs réclamations où bon leur semble, elles y voient moins une main tendue qu’une fin de non-recevoir à peine déguisée.
Des démarches restées sans écho
L’ARDMA n’est pas restée les bras croisés. Elle a écrit au ministre délégué chargé du Commerce et du Contrôle de la Qualité, au ministère du Développement à la Base et de l’Économie Sociale et Solidaire, ainsi qu’au président de la Chambre de Commerce et d’Industrie du Togo, pour solliciter leur appui. Une requête a par ailleurs été déposée auprès de la Présidence du Conseil de la République, dans l’espoir d’une intervention de haut niveau en faveur d’une issue négociée.
À ce jour, ces initiatives n’ont suscité aucune réponse concrète de la part de la direction de l’EPAM. Elles témoignent néanmoins de la volonté de l’association de privilégier la concertation plutôt que la confrontation.
Des exigences précises et mesurées
Les demandes de l’ARDMA tiennent en cinq points, formulés sans agressivité. Les revendeuses sollicitent d’abord un délai raisonnable d’au moins six mois, le temps de s’organiser. Elles souhaitent ensuite l’identification d’un site durable et adapté à la conservation de denrées fragiles. Elles réclament aussi une audience réunissant l’association, la Direction Générale de l’EPAM et les services compétents du ministère du Commerce.
Elles attendent enfin une clarification officielle, entre la mairie de Golf 4 et l’EPAM, de leurs compétences respectives sur le parking, ainsi que leur association, en amont, à toute décision concernant leur futur emplacement.
Au-delà d’un simple emplacement
Pour ces femmes qui contribuent chaque jour à l’approvisionnement alimentaire de Lomé, l’enjeu dépasse la question d’un bout de trottoir. Elles veulent faire reconnaître leur statut de commerçantes régulières, attachées au respect de leurs obligations. Elles rappellent aussi qu’une politique d’aménagement, aussi légitime soit-elle, ne saurait s’inscrire dans la durée sans associer celles et ceux qu’elle touche au premier chef.
















