Par René DOKOU, le 17 Septembre 2026
(IMPARTIAL ACTU)-Transformer localement les richesses nationales pour créer de la valeur, des emplois et des revenus : telle est l’ambition portée par le modèle d’industrialisation du Togo. À la Plateforme industrielle d’Adétikopé (PIA), cette vision s’incarne désormais dans des résultats tangibles. Le secteur textile, en particulier, illustre la maturité croissante de cette stratégie, avec une montée en puissance des capacités de production et une insertion progressive dans les circuits internationaux.
Des débuts prometteurs vers l’international
Le 10 octobre 2023, la PIA franchissait une étape symbolique en expédiant son premier lot de plus de 123 000 vêtements « Made in Togo » vers les États-Unis, à destination de l’enseigne américaine The Children’s Place. Cette opération inaugurale marquait l’entrée du pays dans la production textile destinée aux grandes chaînes mondiales. Deux ans plus tard, les volumes ont nettement progressé : en 2025, près de 210 000 pièces ont été exportées vers le marché américain. Cette évolution traduit la capacité grandissante de la plateforme à assurer une production régulière et à répondre aux standards internationaux, confirmant que les investissements consentis portent leurs fruits.
Une filière bâtie sur la formation
Ce succès ne doit rien au hasard. Dès octobre 2022, le centre de formation à la confection de l’habillement de la PIA avait été inauguré pour préparer la main-d’œuvre nécessaire au développement du parc textile. Plus de 800 jeunes, dont 59 % de femmes, ont été formés dès les premières promotions, avec l’objectif d’atteindre 2 000 personnes qualifiées. Cette politique de formation accompagne la montée en capacité des unités de production, appelées à passer d’environ 60 000 pièces mensuelles à plus d’un million de vêtements par mois. Elle favorise à la fois l’insertion professionnelle des jeunes Togolais et l’alimentation des usines en personnel qualifié.
L’arrivée de grands industriels
La dynamique s’est accélérée avec l’implantation de groupes de référence. Star Garments et Charles Komar & Sons ont choisi la PIA pour installer leurs unités destinées au marché américain. Pour Komar & Sons, il s’agit d’une première implantation industrielle hors d’Asie, avec un investissement estimé à près de 13 milliards de francs CFA. Dans le même élan, Novarea Textile et Togo Apparels Source (TAS) ont rejoint l’écosystème, avec la perspective de créer environ 1 800 emplois directs. Leur présence renforce la transformation locale du coton togolais et confirme la volonté nationale de capter davantage de valeur ajoutée sur le territoire.
Des perspectives économiques considérables
Les projections sont encourageantes. Selon Oxford Business Group, près de 56 000 tonnes de fibres de coton pourraient être transformées localement en produits finis représentant une valeur estimée à 1,5 milliard de dollars, contre seulement 73 millions de dollars pour la matière brute exportée. Cette orientation stratégique illustre la volonté du Togo de ne plus se limiter au rôle de fournisseur de matières premières, mais de devenir un acteur crédible dans la chaîne mondiale de valeur textile.
La PIA, levier de l’économie nationale
Cinq ans après son lancement, la PIA s’impose comme l’un des principaux moteurs de l’industrialisation togolaise. Elle totalise environ 350 milliards de francs CFA d’investissements cumulés, rassemble 25 entreprises partenaires dont 12 déjà opérationnelles, et a généré 6 580 emplois directs, occupés à 95 % par des Togolais. La dynamique dépasse le seul secteur textile : la remise en service de l’ancienne unité Togotex à Datcha, spécialisée dans la confection d’uniformes, a permis de produire plus de 30 000 uniformes et 60 000 articles textiles depuis sa relance en octobre 2023.
Une expansion programmée
La seconde phase de développement prévoit le doublement du nombre d’unités industrielles, qui passera à une cinquantaine, avec plus de 10 000 emplois supplémentaires attendus. À l’horizon 2030, la plateforme ambitionne de créer entre 15 000 et 20 000 emplois directs. Ces perspectives confirment la place centrale de la PIA dans la stratégie nationale d’industrialisation et son rôle de catalyseur de croissance.
Des résultats déjà visibles
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. D’après la BCEAO, les exportations togolaises de produits textiles et d’articles d’habillement ont atteint 31,8 milliards de francs CFA en 2023, en progression de 30,7 % par rapport à 2022. Ces résultats traduisent la transformation progressive du Togo en une plateforme industrielle régionale, capable de valoriser ses ressources, d’attirer des investissements structurants et de renforcer sa présence sur les marchés internationaux.
Une stratégie gagnante
Le modèle togolais repose sur une combinaison de facteurs : formation de la main-d’œuvre, attractivité pour les investisseurs étrangers, infrastructures modernes et volonté politique affirmée. La PIA en est la vitrine, démontrant qu’une industrialisation inclusive et durable est possible. En misant sur la transformation locale, le pays s’assure non seulement des retombées économiques, mais aussi sociales, en offrant des opportunités d’emploi à sa jeunesse et en renforçant son tissu industriel.
















