Togo : un déficit halieutique persistant 

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Par René DOKOU, le 10 Août 2026

(IMPARTIAL ACTU)- Le marché togolais du poisson illustre une dépendance structurelle qui peine à se résorber. En 2022, la demande nationale s’élevait à 105 235 tonnes, alors que la production locale plafonnait à 22 656 tonnes. Autrement dit, à peine un cinquième des besoins était couvert par les ressources internes, le reste provenant de l’extérieur.

Cette fragilité n’est pas nouvelle. Dix ans plus tôt, en 2012, la consommation nationale atteignait déjà 86 905 tonnes. Depuis, la courbe de la demande n’a cessé de grimper, tandis que l’offre domestique progressait à un rythme beaucoup plus lent. La pêche maritime et continentale, bien que présente, n’a pas suffi à combler l’écart.

Dans ce paysage marqué par un déficit chronique, l’aquaculture apparaît comme une lueur d’espoir. La pisciculture, quasi inexistante il y a une décennie, a connu une accélération remarquable. De 23 tonnes en 2013, elle est passée à 1 151 tonnes en 2022, puis à 1 568 tonnes en 2023. En un an, la hausse a dépassé 36 %, signe d’un secteur encore jeune mais en pleine expansion.

Au‑delà des chiffres de production, la filière halieutique joue un rôle économique et social non négligeable. Elle génère plus de 20 000 emplois directs et près de 150 000 indirects, tout en représentant environ 4,5 % du produit intérieur brut. Le poisson n’est donc pas seulement un aliment de base : il constitue un pilier de l’activité économique et un vecteur de revenus pour des milliers de familles.

Conscientes de l’ampleur du défi, les autorités ont lancé un plan d’investissement de 20,04 milliards de francs CFA à l’horizon 2028. L’objectif est clair : accroître de 25 % la production nationale, tout en renforçant la transformation, la commercialisation et la gestion durable des ressources halieutiques. Ce programme vise à réduire la dépendance aux importations, mais aussi à structurer une filière capable de répondre aux besoins croissants d’une population estimée à plus de 8,5 millions d’habitants.

La stratégie repose sur une double logique. D’une part, stimuler l’offre locale par la modernisation des techniques de pêche et l’essor de l’aquaculture. D’autre part, améliorer la chaîne de valeur en favorisant la conservation, la distribution et la compétitivité des produits sur le marché. L’ambition est de transformer un secteur longtemps perçu comme fragile en moteur de croissance inclusive.

Cependant, le chemin reste semé d’embûches. La dépendance aux importations expose le pays aux fluctuations des prix mondiaux et aux aléas logistiques. La production locale, bien qu’en progression, demeure insuffisante face à une demande qui ne cesse de croître. La réussite du plan gouvernemental dépendra donc de la capacité à mobiliser les acteurs privés, à attirer les investissements et à garantir une exploitation durable des ressources.

Le défi est d’autant plus crucial que le poisson occupe une place centrale dans l’alimentation des ménages togolais. Sa disponibilité et son prix influencent directement le pouvoir d’achat et la sécurité alimentaire. Réduire le déficit halieutique ne relève pas seulement d’une équation économique : c’est aussi une question de cohésion sociale et de stabilité.

Ainsi, le Togo se trouve à un tournant. Entre une dépendance extérieure persistante et un potentiel aquacole en plein essor, la filière halieutique incarne à la fois les fragilités et les promesses de l’économie nationale. Si les investissements annoncés produisent les effets escomptés, le pays pourrait amorcer une transition vers une autonomie relative, tout en consolidant un secteur porteur d’emplois et de croissance. Mais l’enjeu reste immense : transformer une dynamique encore fragile en véritable levier de développement durable.

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