Par René DOKOU, le 24 Juillet 2026
(IMPARTIAL ACTU)- Le gouvernement togolais a lancé, le 23 juillet 2026 à Lomé, la révision du Plan sectoriel de l’éducation (PSE). Plus qu’une mise à jour technique, cette démarche traduit la volonté des autorités de placer l’éducation au centre de la stratégie nationale de développement. Objectif : adapter le système aux réalités démographiques, numériques et économiques, tout en préparant les jeunes aux exigences du marché de l’emploi.
Des progrès notables mais inachevés
Le ministre de l’Éducation nationale, Mama Omorou, a présenté un bilan encourageant. Le taux brut de scolarisation au primaire a atteint 116,68 % en 2024, avec un taux d’achèvement de 94,64 %. L’enseignement technique et professionnel connaît une progression spectaculaire : la proportion d’apprenants est passée de 30 % à près de 46 % en quatre ans, dominée par les filières industrielles. Dans le supérieur, la dynamique est également positive, notamment grâce à l’augmentation du nombre d’étudiantes, passées de 36,14 % en 2022 à 40,10 % en 2024.
Ces résultats ne masquent pas les défis persistants : faibles performances au premier cycle du secondaire, disparités entre zones rurales et urbaines, manque d’infrastructures et retard dans l’intégration du numérique. L’alphabétisation des adultes et l’éducation non formelle restent aussi en retrait.
Une révision stratégique et prospective
Adopté en 2010 et déjà révisé en 2013 et 2019, le PSE a accompagné plusieurs réformes majeures. Sa nouvelle actualisation intervient dans un contexte marqué par la pandémie de Covid-19, la transition numérique accélérée, les changements climatiques et les défis sécuritaires régionaux.
Le processus en cours vise à évaluer les acquis du Plan 2020-2030, actualiser le diagnostic du système éducatif et concevoir une stratégie renouvelée. Un modèle de simulation financière sera intégré afin d’anticiper les besoins et garantir un financement durable. Le futur document s’alignera sur la feuille de route gouvernementale et sur l’Objectif de développement durable n°4 des Nations unies, consacré à une éducation inclusive et de qualité.
La voix des partenaires internationaux
La représentante résidente de l’UNICEF au Togo, Dr Erinna Corinne Dia, cheffe de file des partenaires techniques et financiers, a insisté sur la portée sociétale de cette révision. « Il s’agit d’un choix de société qui engage l’avenir des enfants et des générations futures », a-t-elle affirmé.
Elle a salué les progrès réalisés en matière d’accès à l’éducation, de gouvernance et de promotion de la scolarisation des filles, tout en appelant à intensifier les efforts. Pour elle, l’enjeu n’est plus seulement d’envoyer chaque enfant à l’école, mais de garantir l’acquisition de compétences essentielles : lecture compréhensive, esprit critique, résolution de problèmes, maîtrise des outils numériques et apprentissage du vivre-ensemble.
Les priorités mises en avant
La responsable de l’UNICEF a rendu hommage au leadership du Président du Conseil, Faure Essozimna Gnassingbé, reconnu comme Champion africain pour le développement de la petite enfance. Elle a plaidé pour des investissements renforcés dans cette phase cruciale, l’amélioration des apprentissages fondamentaux, la valorisation du métier d’enseignant, l’accélération de la transformation numérique, la création d’environnements scolaires sûrs et inclusifs, ainsi que le développement des compétences liées aux métiers de demain.
Elle a également insisté sur la nécessité de renforcer la gouvernance, la redevabilité et l’utilisation des données dans la prise de décision.
Une démarche participative et nationale
La cérémonie de lancement a réuni autour du ministre les principaux acteurs du secteur : membres du gouvernement, partenaires techniques et financiers, syndicats, associations de parents d’élèves, société civile et secteur privé. L’IIPE/UNESCO était également présent, confirmant l’importance stratégique de ce processus.
Fidèle à son approche inclusive, le gouvernement entend associer ministères, collectivités territoriales, enseignants, parents, communautés et apprenants, y compris les enfants en situation de handicap. L’ambition est de produire un document partagé, fondé sur des données probantes et capable de répondre aux aspirations du pays.
Le Partenariat mondial pour l’éducation et l’IIPE/UNESCO accompagneront le Togo tout au long du processus, notamment dans la réalisation du diagnostic sectoriel et l’élaboration du modèle budgétaire.
L’éducation comme levier de développement
À travers cette nouvelle feuille de route, le Togo confirme son choix stratégique : placer l’éducation au centre de son développement. Former une génération compétente, innovante et résiliente apparaît comme la condition indispensable pour relever les défis économiques, technologiques et sociaux des prochaines décennies.
Le pays veut ainsi transformer son système éducatif en un levier puissant de croissance et de cohésion nationale. Une ambition qui, si elle est menée avec rigueur et constance, pourrait redéfinir durablement le visage du Togo.
















