Budgets santé : des réflexions en cours à Cotonou pour sortir l’Afrique de Ouest de la dépendance extérieure

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Par René DOKOU, le 26 Mars 2026

(IMPARTIAL ACTU)- Cotonou s’est imposée,  mercredi 25 mars, comme l’épicentre d’une réflexion cruciale sur l’avenir des systèmes de santé en Afrique de l’Ouest. À l’occasion de l’atelier des parlementaires de la CEDEAO (du 25 au 27 mars 2026) consacré à la mobilisation des ressources domestiques, responsables politiques, experts et partenaires techniques ont dressé un constat sans détour : la dépendance aux financements extérieurs n’est plus viable.

Un tournant stratégique pour la souveraineté sanitaire

Organisée par l’Organisation Ouest Africaine de la Santé (OOAS), la rencontre, placée sous le haut parrainage du président de l’Assemblée nationale du Bénin, le Professeur Joseph Fifamin Djogbénou, a réuni des figures influentes du secteur sanitaire et institutionnel. Parmi elles, le Conseiller à la Santé du Chef de l’État, Dr Aristide Gabriel Wladimer Talon, et l’ancienne ministre de la Santé, Professeur Dorothée Akoko Kindé-Gazard.

Au cœur des échanges : une urgence partagée, celle de refonder durablement le financement des systèmes de santé dans une région confrontée à des crises sanitaires récurrentes et à une contraction progressive des aides internationales.

Financer la santé : une nécessité devenue impérative

Dès l’ouverture des travaux, le Directeur général de l’OOAS a posé les bases du débat en appelant à une transformation profonde des mécanismes de financement. Face à la volatilité de l’aide extérieure et aux défis structurels persistants, il a insisté sur la nécessité pour les États de reprendre la maîtrise de leur politique sanitaire.

La question n’est plus de savoir s’il faut mobiliser des ressources, mais comment le faire de manière efficace, durable et innovante. Parmi les pistes évoquées figurent la mise en place de taxes spécifiques et de mécanismes fiscaux capables de générer des revenus stables, tout en renforçant la résilience des systèmes de santé.

Cette approche marque un changement de paradigme : passer d’une logique d’assistance à une dynamique de souveraineté financière.

Un plaidoyer fort pour un investissement stratégique

Prenant la parole, le ministre de la Santé du Bénin, le Professeur Benjamin Ignace Bodounrin Hounkpatin, a livré un message sans équivoque. Au-delà des considérations techniques, il a replacé la question du financement de la santé au cœur des priorités politiques et économiques.

Pour lui, investir dans la santé revient à investir dans le capital humain, moteur essentiel de la croissance et de la stabilité. Chaque ressource mobilisée doit produire un impact concret : améliorer l’accès aux soins, renforcer la qualité des services et, surtout, sauver des vies.

S’appuyant sur les enseignements de la pandémie de COVID-19, il a posé une interrogation lourde de sens : les États peuvent-ils encore se permettre de reléguer la santé au second plan ? La réponse, implicite, s’est imposée comme une évidence pour l’ensemble des participants.

Le rôle clé des parlementaires dans la transformation des engagements

Au-delà des diagnostics, l’accent a été mis sur la responsabilité des parlementaires dans la mise en œuvre des réformes. Représentant le président de l’Assemblée nationale, son Directeur de Cabinet, Abou Torou, a rappelé que les élus occupent une position stratégique dans l’orientation des politiques publiques.

À travers le vote des lois de finances, le contrôle de l’action gouvernementale et l’évaluation des politiques, les parlements disposent de leviers déterminants pour faire de la santé une priorité nationale. Les budgets, a-t-il souligné, sont l’expression concrète des choix politiques.

Ce rappel à l’ordre s’inscrit dans une dynamique régionale visant à renforcer la gouvernance et la redevabilité dans la gestion des ressources publiques.

Santé et développement : une équation indissociable

Les échanges ont également mis en lumière une convergence forte : la santé ne peut plus être perçue comme une simple dépense sociale. Elle constitue un investissement structurant, aux retombées multiples sur l’économie, la stabilité sociale et la productivité.

Un système de santé performant contribue à réduire les pertes économiques liées aux maladies, à améliorer la qualité de vie des populations et à renforcer la cohésion sociale. À l’inverse, des infrastructures sanitaires fragiles exposent les États à des crises aux conséquences durables.

Dans cette perspective, la Couverture Sanitaire Universelle (CSU) apparaît comme un objectif fédérateur. Elle incarne l’ambition d’un accès équitable aux soins, sans que les populations ne soient confrontées à des risques financiers majeurs.

Passer des discours aux résultats

Si les constats sont partagés, les attentes sont désormais tournées vers l’action. Les participants ont insisté sur la nécessité d’obtenir des résultats tangibles à court et moyen termes.

Parmi les priorités identifiées figurent l’augmentation des ressources domestiques, l’amélioration de la transparence dans leur utilisation, le renforcement du contrôle parlementaire et l’innovation dans les politiques fiscales. Autant de leviers qui, activés de manière cohérente, pourraient transformer durablement le paysage sanitaire régional.

L’enjeu est clair : rompre avec les déclarations d’intention et inscrire les engagements dans des politiques concrètes, mesurables et durables.

Cotonou, point de départ d’une nouvelle dynamique régionale

En accueillant cette rencontre stratégique, Cotonou se positionne comme un catalyseur d’initiatives en faveur de la souveraineté sanitaire en Afrique de l’Ouest. Les travaux engagés marquent le début d’un processus appelé à s’intensifier dans les mois à venir, avec pour ambition de proposer des solutions adaptées aux réalités de chaque État.

Cette dynamique repose sur un triptyque essentiel : responsabilité politique, solidarité régionale et innovation financière.

Un choix historique pour les États ouest-africains

Au terme des échanges, un message s’impose avec force : l’avenir sanitaire de la région dépend des décisions prises aujourd’hui. Continuer à dépendre des financements extérieurs ou bâtir des systèmes autonomes et résilients constitue désormais un choix stratégique majeur.

Ne pas investir dans la santé, c’est compromettre le développement, fragiliser les économies et exposer les populations à des risques accrus. À l’inverse, faire de la santé une priorité, c’est ouvrir la voie à une croissance durable et inclusive.

À Cotonou, le signal a été donné. Reste désormais aux États et aux institutions régionales de transformer cette ambition en réalité.

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