Par René DOKOU, le 28 Mai 2025
(IMPARTIAL ACTU)- À quelques semaines des prochaines échéances électorales, le climat politique se crispe une nouvelle fois dans les rangs de l’opposition togolaise. Une violente passe d’armes entre Jean-Pierre Fabre, président de l’Alliance nationale pour le changement (ANC), et Nathaniel Olympio, leader du Parti des Togolais, ravive les fractures d’une opposition déjà profondément divisée.
En spectateur inquiet, Aimé Gogué, doyen de la classe politique de l’opposition et président de l’ADDI, déplore un scénario désormais bien connu : la désunion à l’orée de chaque scrutin majeur.
Tout est parti d’une déclaration de Jean-Pierre Fabre, qui, dans une sortie publique, a dénoncé l’impact néfaste des divisions internes sur la dynamique de l’opposition. Selon lui, ces querelles récurrentes ne font que « servir le pouvoir en place », en affaiblissant toute tentative de stratégie commune. Des propos mal accueillis par Nathaniel Olympio, qui a vu dans cette sortie une attaque personnelle et une tentative d’éluder les responsabilités.
« Ce n’est pas une simple querelle, c’est le fruit d’un mauvais leadership. Jean-Pierre Fabre, à force d’incohérence, est devenu un frein à la lutte », a-t-il lancé, cinglant, sur les réseaux sociaux. L’ANC n’a pas tardé à répliquer : par voie de communiqué, le parti de Fabre a accusé Nathaniel Olympio de jouer les opposants de façade, plus actif en ligne que sur le terrain. L’échange a rapidement tourné à un affrontement verbal, suivi de joutes médiatiques où les accusations se sont multipliées, sans qu’aucune main tendue ne vienne calmer les esprits.
Face à cette nouvelle crise, Aimé Gogué tente de jouer les médiateurs. « J’ai sollicité des personnes ressources pour calmer les tensions. Ce genre d’attaques ne sert personne », confie-t-il avec gravité. Mais l’homme, connu pour sa pondération, reconnaît une impasse : « Chacun campe sur ses positions. On exige des excuses, mais personne ne veut faire le premier pas. » Une situation qu’il qualifie de « préoccupante », d’autant plus que le calendrier électoral impose des choix rapides et collectifs.
Les observateurs de la vie politique togolaise ne sont guère surpris. Les élections, prévues pour le 10 juillet prochain, ravivent comme à l’accoutumée les égos, les rivalités et les ressentiments anciens. L’espoir d’un front commun de l’opposition, pourtant jugé indispensable par bon nombre d’analystes, semble encore une fois s’éloigner. Les appels au dialogue et à l’unité, lancés depuis des mois, restent lettre morte.
Sur le terrain, les électeurs qui soutiennent l’opposition oscillent entre dépit et résignation. « On attendait un sursaut, pas une nouvelle guerre de chefs », confie un sympathisant de longue date rencontré à Lomé. Certains craignent que cette division ne profite, une fois de plus, au régime en place, solidement ancré au pouvoir et fort d’un appareil électoral bien rodé.
Alors que les jours passent et que les délais se réduisent, les regards se tournent vers le Cadre Permanent de Concertation (CPC), où quelques voix tentent encore de plaider pour une stratégie coordonnée. Mais les dissensions personnelles prennent le pas sur les considérations collectives, illustrant le mal profond qui gangrène depuis des années l’opposition togolaise : l’incapacité à dépasser les querelles internes au profit d’un projet politique unifié.
Dans cette atmosphère tendue, les électeurs iront bientôt aux urnes. Mais la question demeure : avec une opposition éclatée, peut-il vraiment y avoir une alternance crédible ?
















