Mali : vers un vendredi de tensions politiques à Bamako

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Par René DOKOU, le 07 Mai 2025

(IMPARTIAL ACTU)- Les tensions politiques s’intensifient au Mali, à l’approche d’un rassemblement prévu ce vendredi 9 mai à Bamako. À l’appel de plusieurs partis politiques, cette mobilisation vise à dénoncer la dissolution programmée des formations politiques par les autorités de transition, mais aussi à exiger un retour rapide à l’ordre constitutionnel.

Ce climat tendu est aggravé par l’arrestation récente d’une figure de l’opposition, Mamadou Traoré, président du parti Alternatives pour le Mali.

Incarcéré depuis le 24 avril, Mamadou Traoré, surnommé « le Roi », ne pourra pas participer à la manifestation de vendredi. Ce membre influent de la coalition d’opposition Jigiya Koura-Espérance nouvelle sera jugé le 12 juin pour « atteinte au crédit de l’État » et « diffusion de fausses nouvelles », à la suite d’une interview très critique diffusée le 22 avril sur les réseaux sociaux par une webtélé locale.

Dans cet entretien, l’opposant n’a pas mâché ses mots. Il y dénonçait le train de vie des membres du Conseil national de transition (CNT), organe législatif provisoire mis en place par la junte après le coup d’État de 2020. Selon lui, ces membres, nommés sans être élus, toucheraient des salaires réservés aux députés légitimes : « des milliards », accuse-t-il. Mamadou Traoré estime que le CNT travaille pour ses propres intérêts et non pour ceux de la nation, et fustige leur silence face à la menace de dissolution des partis politiques.

Il remet également en cause la sincérité du référendum constitutionnel de 2023 et accuse les militaires au pouvoir de ne pas respecter leur parole : « Ne pas respecter sa parole, c’est porter atteinte à l’honneur des Maliens », déclare-t-il dans l’interview. Ces propos, dans un contexte de tensions croissantes avec la société civile et l’opposition, lui valent aujourd’hui des poursuites judiciaires.

Ce n’est pas la première fois que Mamadou Traoré est visé par les autorités de transition. L’an dernier, il avait déjà passé plus de cinq mois en détention avec dix autres responsables politiques pour avoir tenu une réunion politique malgré la suspension des activités partisanes dans le pays.

Le cas de Mamadou Traoré s’inscrit dans une longue série de mesures répressives prises à l’encontre des voix critiques depuis le début de la transition. En avril, un autre membre de son parti a été condamné à un an de prison ferme et à une amende de 650 000 francs CFA pour avoir traité les autorités militaires de « junte » et appelé à « combattre le régime anarchique d’Assimi Goïta ».

Ces poursuites inquiètent les défenseurs des droits humains. Des organisations telles qu’Amnesty International, Human Rights Watch ou la FIDH dénoncent régulièrement un recul des libertés fondamentales au Mali. Elles évoquent des arrestations arbitraires, des détentions prolongées sans jugement, et une justice instrumentalisée pour museler l’opposition.

Alors que la manifestation du 9 mai s’annonce comme un test important pour la liberté de rassemblement et d’expression dans le pays, les regards se tournent vers Bamako. Les partis politiques, malgré les intimidations et les arrestations, semblent décidés à faire entendre leur voix.

Le retour à l’ordre constitutionnel, plusieurs fois reporté, reste une exigence centrale pour une large frange de la population malienne, qui aspire à une vie politique plus ouverte, démocratique et respectueuse des libertés fondamentales. Le rassemblement prévu ce vendredi pourrait bien marquer un tournant décisif dans le bras de fer engagé entre la transition militaire et l’opposition.

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