Sous la menace Trump, l’accord AGOA vacille : l’Afrique au bord du précipice économique

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Par René DOKOU, le 15 Avril 2025

(IMPARTIAL ACTU)- L’ombre du retour de Donald Trump à la Maison Blanche plane dangereusement sur l’African Growth and Opportunity Act (AGOA), cet accord commercial qui, depuis l’an 2000, a permis à des dizaines de pays africains d’exporter vers les États-Unis sans droits de douane.

À l’approche de son expiration prévue en septembre 2025, le renouvellement de ce mécanisme semble de plus en plus incertain, menaçant directement l’économie de plusieurs nations africaines.

Un accord vital pour l’Afrique

Créé sous l’administration de Bill Clinton, l’AGOA visait à renforcer les relations économiques entre les États-Unis et l’Afrique subsaharienne, tout en soutenant le développement économique par le commerce. Le principe est simple : des exonérations douanières en échange du respect de critères politiques et sociaux — démocratie, droits humains, bonne gouvernance.

Aujourd’hui, environ 30 pays africains bénéficient encore de ce régime préférentiel. Les produits couverts sont nombreux : textile, produits agricoles, pétrole, pièces automobiles, fruits tropicaux… En 2023, ces échanges ont représenté 9,26 milliards de dollars, dont 4,25 milliards dans le secteur de l’énergie, selon la Commission américaine du commerce international (USITC).

L’effet Trump : un climat d’incertitude grandissant

La perspective d’un retour de Donald Trump à la présidence américaine a déjà un effet paralysant sur les discussions autour de l’AGOA. Connu pour son protectionnisme économique et sa défiance vis-à-vis des accords multilatéraux, l’ancien président pourrait ne pas renouveler l’accord, voire l’amputer en excluant certains pays ou secteurs.

« La situation est confuse, il n’y a aucune clarté », résume Alex Vines, de Chatham House. En avril 2024, avant que les tensions ne s’accentuent, un projet de loi transpartisan proposait un renouvellement de l’AGOA jusqu’en 2041. Mais ce texte est aujourd’hui gelé dans les méandres du Congrès américain.

Les scénarios d’un démantèlement progressif

Donald Trump dispose de plusieurs leviers pour réduire la portée de l’AGOA. Il pourrait :

Refuser tout simplement le renouvellement de l’accord à son échéance ;

Exclure certains pays jugés non alignés sur les intérêts américains — comme l’Afrique du Sud, dans sa ligne de mire ;

Cibler des secteurs clés, comme l’automobile ou le textile, au nom de la protection de l’industrie américaine.

« Trump pourrait invoquer la clause de l’accord stipulant que les bénéficiaires doivent respecter les intérêts de sécurité et de politique étrangère des États-Unis », explique Richard Morrow, analyste à la Brenthurst Foundation.

L’Afrique du Sud : première ligne de front

Avec 3,6 milliards de dollars d’exportations non pétrolières vers les États-Unis en 2023, l’Afrique du Sud est le principal bénéficiaire non pétrolier de l’AGOA. Le secteur automobile, en particulier, est sous haute tension : les voitures sud-africaines sont exemptées de droits de douane, une mesure vitale pour une industrie qui exporte pour 1,88 milliard de dollars vers le marché américain.

Le patronat sud-africain tire la sonnette d’alarme. Selon Billy Tom, président de l’association Naamsa, 86 000 emplois directs dépendent de ces exportations, et 125 000 en comptant les sous-traitants.

Pour Neil Diamond, président de la Chambre de commerce sud-africaine aux États-Unis, les chances de renouvellement de l’AGOA sont minces : « Je ne pense pas que l’Afrique du Sud ait une chance. » Cette défiance américaine est alimentée par des griefs politiques : la loi sud-africaine sur l’expropriation, jugée discriminatoire à l’égard de la minorité blanche, ou encore la politique étrangère de Pretoria, jugée trop proche de la Russie et de la Chine.

Textile et pétrole : les autres piliers fragiles

Derrière l’Afrique du Sud, d’autres pays comptent énormément sur l’AGOA, notamment pour leur industrie textile. Le Kenya (509 millions de dollars), Madagascar (339 millions) et le Lesotho (167 millions) ont bâti une part importante de leur économie sur ces exportations vers les États-Unis.

À Madagascar, grand producteur de vanille, le ministre du Commerce assure que « pour l’heure, l’accord continue de s’appliquer ». Mais cette sérénité est contredite par d’autres voix africaines.

Le Nigeria, principal bénéficiaire pétrolier avec 3,7 milliards de dollars en 2023, verrait également ses revenus affectés. Même les pays plus modestes comme le Ghana, exportateur de produits agricoles, s’inquiètent de voir leur accès au marché américain se réduire drastiquement.

Un coup dur pour l’intégration africaine et la diversification économique

La fin de l’AGOA constituerait un sérieux revers pour les efforts de diversification économique et d’intégration des chaînes de valeur en Afrique. L’accord a permis à plusieurs pays de développer des infrastructures, d’attirer des investissements étrangers et de créer des emplois stables dans des secteurs à forte valeur ajoutée.

Sans l’AGOA, les États africains devront chercher des alternatives — vers l’Europe, la Chine ou entre eux — mais ces marchés ne présentent pas la même accessibilité ou les mêmes volumes d’échange.

Des appels au sursaut collectif

Face à ce risque, des voix s’élèvent pour un sursaut diplomatique. Plusieurs chefs d’État africains et organisations régionales, comme l’Union africaine, appellent à des négociations d’urgence avec le Congrès américain, dans l’espoir de sauver, même partiellement, l’accord.

Mais le climat politique aux États-Unis est tendu, polarisé, et peu propice aux concessions. La priorité semble être donnée à la réindustrialisation et à la souveraineté économique, deux axes chers à Donald Trump.

Conclusion : un avenir suspendu à une élection

L’AGOA est aujourd’hui un géant aux pieds d’argile, suspendu à l’issue de l’élection présidentielle américaine. Pour l’Afrique, la non-reconduction de cet accord aurait des conséquences immédiates et massives sur l’emploi, l’investissement, et la stabilité économique.

Si l’AGOA tombe, c’est tout un modèle de partenariat commercial équitable entre l’Afrique et les États-Unis qui s’effondre. Et dans cette éventualité, l’Afrique devra réinventer, en urgence, sa place dans le commerce mondial.

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