Par René DOKOU, le 28 Septembre 2026
(IMPARTIAL ACTU)- Depuis avril 2022, ce centre de formation en coiffure et esthétique mène chaque année toutes ses apprenantes à la réussite. Il accueille aussi les jeunes mères et les personnes en situation de handicap.
Homékou Essé Abla, DG du Centre CHIY’EL
Cinq promotions, un taux de réussite de 100 % à chaque session et aucune diplômée restée sans activité : à Lomé, le centre de formation professionnelle Chiy’el affiche un bilan qui force l’attention. Installé dans la capitale togolaise depuis avril 2022, l’établissement forme des jeunes filles, des femmes et des personnes en situation de handicap aux métiers de la coiffure et de l’esthétique. Sa directrice générale, Mme Homékou Essé Abla, détaille les ressorts de cette réussite, mais aussi les difficultés qui pèsent encore sur la structure.
Des résultats qui parlent d’eux-mêmes
Le centre en est aujourd’hui à sa cinquième promotion. La première, forte de sept apprenantes, a reçu ses attestations l’an dernier à Agora Senghor. Son insertion est, selon la direction, complète : deux diplômées se sont établies à leur compte, plusieurs sont salariées chez Divine Salon Beauty, partenaire historique du centre, et d’autres travaillent en prestation à domicile.
Les deuxième et troisième promotions, qui réunissent quinze apprenantes, ont terminé leur cursus. Elles recevront leurs attestations en octobre, dans le même lieu. Certaines finalisent leur stage chez Divine Salon Beauty, tandis que d’autres sont suivies sur le terrain lors de prestations à domicile. Les quatrième et cinquième promotions sont encore en cours de formation, et une sixième cohorte est attendue prochainement.
Les résultats aux examens sont tout aussi constants. Aux épreuves du Certificat de Fin d’Apprentissage (CFA), les élèves de Chiy’el terminent chaque année en tête de leur promotion, avec un taux de réussite de 100 % depuis la création. La directrice l’attribue à la qualité des formateurs et à la pertinence des modules enseignés.
Une ambition tournée vers les publics fragiles
À l’origine du projet, une conviction : les métiers artisanaux, souvent regardés comme un gisement d’opportunités sous-exploité, peuvent devenir un levier d’émancipation. Le centre vise l’insertion, l’excellence et l’autonomisation des femmes, avec un objectif précis : former des professionnelles capables de vivre durablement de leur savoir-faire.
Le public ciblé est clairement défini : jeunes filles, femmes et personnes en situation de handicap, âgées de 15 à 40 ans. Ce choix place l’établissement au croisement de deux enjeux majeurs pour le Togo, l’autonomie économique des femmes et l’inclusion des personnes vulnérables.
La crèche, ou comment lever l’obstacle des jeunes mères
Parmi les initiatives du centre, la crèche interne est sans doute la plus singulière. Elle répond à une réalité que les politiques de formation professionnelle négligent trop souvent : celle des jeunes mères, souvent contraintes de choisir entre leurs enfants et leur avenir.
Pendant les heures de cours, les enfants des apprenantes sont pris en charge sur place. Fini le détour en fin de journée pour aller les chercher ailleurs, fini aussi l’interruption de la formation en cas d’urgence familiale. À l’heure des pauses, les mères allaitantes peuvent retrouver leur bébé avant de reprendre les cours.
La crèche n’est pas réservée aux seules élèves : des parents extérieurs peuvent aussi y confier leurs enfants à des puéricultrices compétentes et dévouées.
Le handicap, une question de moyens et non d’exclusion
Chiy’el ouvre ses portes à des personnes vivant avec un handicap moteur, visuel ou auditif. Pour chaque situation, des formateurs spécifiquement préparés assurent un accompagnement adapté.
Cette organisation permet aux apprenantes concernées de bénéficier des mêmes chances de réussite que leurs camarades. La direction y voit une exigence d’égalité des chances, pas une simple mesure de bonne volonté.
Du geste technique à l’entreprise
La formation associe pratique et théorie. Côté coiffure, les modules couvrent la coiffure dame, la coiffure homme et la tresse. L’esthétique regroupe le soin du corps, le maquillage, la pédicurie, la manucure, l’onglerie et le massage.
Homékou Essé Abla, DG du Centre CHIY’EL
Le centre y ajoute un enseignement théorique solide : législation, gestion, technologie et un module consacré à la vie en société. Les apprenantes qui n’ont pas pu aller à l’école bénéficient d’une alphabétisation. Toutes sont initiées à l’informatique et au marketing digital, des compétences devenues indispensables pour développer une activité dans une économie de plus en plus numérique.
Un travail sur les compétences de vie et l’entrepreneuriat complète le parcours. L’idée est de donner à chaque élève les moyens d’exercer un métier, mais surtout de bâtir à terme une activité autonome et durable.
Trois parcours pour s’adapter à chaque situation
Pour tenir compte de la diversité des profils et des contraintes, le centre propose trois formats :
La formation initiale, d’une durée de deux ans, conduit au Certificat de Fin d’Apprentissage (CFA).
Les formations courtes, de un mois à un an, débouchent sur des diplômes certifiés et reconnus par l’État.
Les « vacances utiles », organisées chaque année de juin à août, permettent aux jeunes de mettre à profit la période estivale.
L’après-diplôme : stages et accompagnement social
Chiy’el ne s’arrête pas à la remise du certificat. Les diplômées peuvent effectuer des stages de perfectionnement dans des salons partenaires reconnus, dont Divine Salon Beauty, Claire Fashion et Vera Esthétique. Elles y consolident leurs acquis en situation réelle avant de se lancer, comme salariées, entrepreneures indépendantes ou prestataires à domicile.
Le centre a aussi prévu des modalités d’accompagnement pour les jeunes filles motivées mais en difficulté financière. Ce dispositif offre une porte d’entrée à celles que la précarité aurait autrement éloignées de toute formation qualifiante.
Un réseau de partenaires solide
Homékou Essé Abla, DG du Centre CHIY’EL
Cette dynamique repose sur un large réseau d’appuis techniques et financiers. La GIZ, par son programme « Emploi Plus », le Ministère de l’Éducation nationale, la Direction de la Formation Professionnelle et de l’Apprentissage (DFPA), la FETAPH et l’OADCPH fournissent du matériel de travail et des équipements. Ils soutiennent aussi la formation des apprenantes et du personnel d’encadrement.
Des acteurs de proximité complètent ce dispositif. L’Association des Artisans Professionnels pour le Soutien des Jeunes Démunis est le partenaire financier fixe du centre. L’UCRM apporte un appui technique. Divine Salon Beauty contribue directement à la formation technique, accueille plusieurs apprenantes en stage et participe à leur insertion.
Un appel aux pouvoirs publics
Malgré ces résultats, la direction ne masque pas l’ampleur des défis. Les besoins matériels et financiers restent considérables. Ces difficultés du quotidien n’ont jusqu’ici altéré ni la qualité de l’enseignement ni le taux de réussite des élèves.
Mme Homékou Essé Abla lance donc un appel à tous les partenaires, actuels comme potentiels, en premier lieu au Ministère de l’Éducation nationale et au Ministère de la Solidarité. Elle leur demande de renforcer leur soutien technique et financier. Son message s’adresse aussi à toute personne ou organisation prête à appuyer ce projet d’inclusion, ainsi qu’aux jeunes femmes qui souhaiteraient intégrer la sixième promotion, en préparation.
Pérenniser un modèle qui a fait ses preuves
Depuis 2022, Chiy’el montre qu’excellence pédagogique, inclusion sociale et autonomie économique peuvent aller de pair, y compris auprès des publics les plus vulnérables. Cinq promotions formées, un taux de réussite de 100 % maintenu année après année, des dizaines de jeunes femmes désormais salariées, entrepreneures ou prestataires à domicile : le bilan est éloquent.
Reste à donner à ce modèle les moyens de durer. Le centre ne pourra pas relever seul ce défi, et sa directrice appelle à une mobilisation accrue de ses partenaires institutionnels et financiers. L’enjeu dépasse celui d’un simple établissement de formation : faire de chaque jeune femme accompagnée l’actrice à part entière de son avenir.
Homékou Essé Abla, DG du Centre CHIY’EL
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