Financement de la santé : Dr Mayaka Ma-Nitu dénonce une vulnérabilité accrue en Afrique francophone

0
181

Par René DOKOU, le 27 Juillet 2026

(IMPARTIAL ACTU)- Lomé accueille du 27 au 29 juillet 2026, une table ronde consacrée au financement de la santé en Afrique francophone. La rencontre, ouverte par Dr Melchior Athanase Joël Aïssi, Directeur général de l’Organisation Ouest-africaine de la Santé (OOAS), en présence du représentant du ministère togolais de la Santé, a réuni experts et partenaires autour d’un débat dense et riche.

Un diagnostic alarmant

Dr Serge Mayaka Ma-Nitu, économiste de la santé et conseiller régional en financement de la santé à l’OMS/AFRO, a livré un état des lieux sans concession. Pendant près d’une heure, il a détaillé les fragilités du financement sanitaire en Afrique francophone, insistant sur la baisse brutale de l’aide extérieure. Selon lui, cette contraction fragilise durablement les systèmes de santé et accentue les vulnérabilités du continent.

Une chute historique de l’APD

Les chiffres sont éloquents : l’aide publique au développement (APD) bilatérale destinée à l’Afrique subsaharienne a reculé de 26,3 % en 2025 et devrait encore diminuer de 11,6 % en 2026. Dr Mayaka Ma-Nitu a rappelé que cette baisse constitue la plus importante de l’histoire de l’APD. Pour la première fois, les cinq principaux bailleurs – États-Unis, Allemagne, France, Royaume-Uni et Japon – ont simultanément réduit leurs contributions.

La santé, secteur le plus affecté

Le secteur sanitaire est le plus durement touché. Les projections indiquent une diminution de 29 à 46 % de l’APD consacrée à la santé entre 2024 et 2026. Les financements multilatéraux ne suffisent pas à compenser cette perte. « La baisse de l’aide extérieure risque d’accentuer les déficits et les inégalités, surtout dans les pays où les ressources publiques restent limitées », a averti l’expert.

Des vulnérabilités structurelles

En moyenne, 24 % des dépenses de santé des pays africains reposent sur des financements externes. Dans certains États, cette dépendance atteint 45 %, voire 65 %. Près de 70 % des pays connaissent une stagnation ou une contraction de leur capacité à accroître les dépenses publiques. Environ 23 pays, soit près de la moitié de la région, sont déjà en situation de surendettement ou exposés à un risque élevé. Globalement, la vulnérabilité moyenne est estimée à 60 %, avec des pics allant jusqu’à 92 %, particulièrement en Afrique centrale, orientale et australe.

Des outils pour réformer

Face à ces défis, plusieurs pays ont engagé une évaluation de leur stratégie nationale de financement de la santé à travers la Matrice des progrès du financement de la santé (MPFS). Cet outil permet un diagnostic structuré, identifie les lacunes et favorise le dialogue national. Le Bénin, le Mali, la Guinée, le Congo et le Gabon sont déjà engagés dans ce processus.

Recommandations pour une sortie de crise

À l’issue de son exposé, Dr Mayaka Ma-Nitu a formulé des recommandations fortes. Il a insisté sur la nécessité de mobiliser davantage de ressources intérieures, de mutualiser les financements et de dépenser plus efficacement. La priorité budgétaire accordée à la santé doit être renforcée, avec une sanctuarisation des dépenses essentielles, notamment pour les soins primaires et les fonctions de santé publique.

Vers une meilleure équité

L’expert a plaidé pour une réduction des paiements directs des ménages et une mise en commun plus efficace des ressources. Il a recommandé d’étendre la couverture financée par des fonds publics, de subventionner les populations vulnérables et de réduire la fragmentation entre les différents mécanismes de financement.

L’efficience au cœur des réformes

L’amélioration de la qualité de la dépense publique est apparue comme une priorité. Les décaissements doivent être plus prévisibles, l’exécution budgétaire renforcée et les financements liés aux résultats. L’alignement de la gestion des finances publiques sur les objectifs sanitaires est jugé indispensable.

L’achat stratégique comme levier

Dr Mayaka Ma-Nitu a également mis en avant l’importance de l’achat stratégique pour réorienter les ressources. Les mécanismes de paiement des prestataires doivent encourager les soins primaires, la prévention et la prise en charge des maladies non transmissibles.

Anticiper la transition

La baisse de l’aide extérieure impose une transition ordonnée. Les pays doivent identifier les services et populations les plus exposés, élaborer des plans chiffrés et négocier avec les partenaires un meilleur alignement sur les priorités nationales.

Une gouvernance renforcée

Enfin, l’expert a souligné l’importance d’institutionnaliser l’évaluation et le suivi des stratégies nationales. L’utilisation régulière de la MPFS doit permettre de mesurer les progrès, d’éclairer le dialogue entre ministères des Finances et de la Santé et d’actualiser les politiques.

Une mobilisation collective

La table ronde de Lomé a ainsi mis en lumière l’urgence d’une mobilisation collective. Les États doivent accroître leurs efforts budgétaires, les partenaires internationaux repenser leur soutien et les acteurs nationaux renforcer leur gouvernance.

Le financement de la santé en Afrique francophone se trouve à un tournant critique, où la résilience des systèmes dépendra de la capacité des pays à innover et à s’adapter.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici